À l’approche de son premier congrès ordinaire, prévu le 15 mai prochain, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) est confronté à de profondes contradictions internes, révélatrices d’une crise stratégique et d’un débat non résolu sur la succession de son fondateur, Laurent Gbagbo.

Créé le 17 octobre 2021, le PPA-CI s’apprête à tenir son premier congrès ordinaire dans un contexte politique national dominé par l’hégémonie du parti présidentiel, le RHDP. La réélection du président Alassane Ouattara en octobre 2025 pour un quatrième mandat successif à la tête du pays, suivie des élections législatives de décembre dernier, a renforcé cette domination avec 197 députés élus sur les 255 que compte l’Assemblée nationale.

Une stratégie électorale contestée

Désigné candidat du PPA-CI à l’issue d’une cérémonie d’investiture le 10 mai 2025, alors même que son nom ne figurait pas sur la liste électorale, Laurent Gbagbo a engagé son parti, aux côtés d’alliés de l’opposition et de certaines organisations de la société civile, dans une stratégie de contestation des élections. Cette démarche s’est toutefois révélée improductive.

Le bilan est lourd : environ 1 600 militants incarcérés, des blessés, des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels. Ces événements ont mis en lumière une stratégie confuse et exacerbé les contradictions internes au sein du parti.

Deux lignes, une fracture

Lors de l’élection présidentielle d’octobre 2025, deux camps se sont clairement opposés au sein du PPA-CI. Fallait-il privilégier la fidélité à une figure emblématique et historique qu’est Laurent Gbagbo ou anticiper les contraintes juridiques et politiques auxquelles il reste exposé ?
D’un côté, la ligne du comité stratégique, favorable exclusivement à la candidature de Laurent Gbagbo.
De l’autre, un courant conduit par Ahoua Don Mello, qui plaidait pour une « candidature de précaution ».

Dans un courrier adressé au président fondateur, Ahoua Don Mello aurait défendu la pertinence de sa position. Ses contradicteurs rappellent toutefois que la candidature de Laurent Gbagbo résultait d’une décision du Comité central réuni le 9 mars 2024, instance devant laquelle le vice-président de l’Alliance internationale des BRICS, en charge des projets stratégiques, aurait pu exposer clairement son point de vue.

Au sein du parti, Ahoua Don Mello et certains cadres ont été qualifiés « d’indisciplinés » pour avoir publiquement pris le contre-pied de la position officielle issue du Comité central.

Boycott contre participation

Alors que Laurent Gbagbo et la direction du PPA-CI appelaient au boycott du scrutin présidentiel, Ahoua Don Mello adoptait une position diamétralement opposée. S’appuyant sur les déclarations antérieures de Laurent Gbagbo affirmant que le parti participerait désormais à toutes les échéances électorales, il appelait les Ivoiriens, en particulier les militants de l’opposition, à se mobiliser massivement dans les urnes.

Convaincu qu’un vote massif pouvait neutraliser un champ électoral jugé favorable au président sortant, Ahoua Don Mello se porta candidat. Il n’obtiendra finalement que 1,97 % des suffrages exprimés, se classant quatrième derrière Simone Gbagbo et Jean-Louis Billon.

Législatives : nouvelles dissidences

Le PPA-CI a également boycotté les élections législatives de décembre dernier. Là encore, certains cadres se sont désolidarisés de la ligne du parti. Parmi eux, seul Stéphane Kipré a réussi à se faire élire député.

Ces divergences ont entraîné des sanctions internes, avec des cadres suspendus ou démis de leurs fonctions dans les organes du parti.

La question du retrait de Gbagbo

Alors que Laurent Gbagbo avait annoncé son intention de se retirer de la tête du parti, le Comité central réuni le 26 janvier dernier l’a invité à renoncer à cette décision, invoquant un environnement politique exigeant stabilité et continuité.

C’est à ce niveau que se cristallisent les velléités, jusque-là inavouées, autour de la succession du « Chef ». Le congrès du 15 mai prochain devra ainsi se pencher sur l’avenir du PPA-CI et la mise en place d’une nouvelle ossature dirigeante, avec pour objectif affiché, la reconquête du pouvoir d’État en 2030, en passant par une participation aux élections locales prévues en 2028.

Dialogue interne ou sanctions ?

Pour Ahoua Don Mello et plusieurs cadres, l’ouverture d’un dialogue franc et inclusif sur la vie et l’avenir du parti est indispensable avant la tenue du congrès. Les frondeurs dénoncent ce qu’ils qualifient d’« embastillement » du Chef par un groupuscule de cadres, accusés de maintenir une opacité stratégique ayant conduit à l’échec électoral et à l’absence du PPA-CI dans les institutions républicaines, notamment l’Assemblée nationale.

Gbagbo appelle à la discipline

Lors de la cérémonie de présentation des vœux à son endroit, Laurent Gbagbo a rappelé l’importance du respect strict des décisions issues du Comité central. Le père du multipartisme a insisté sur les valeurs de résilience, de solidarité et de discipline comme socle d’un parti politique crédible.

Pour Laurent Gbagbo, l’incapacité à respecter les décisions internes affaiblit toute prétention à gouverner l’État et à respecter la Constitution. Une position interprétée comme une condamnation claire des cadres ayant bravé la ligne officielle lors des présidentielles et législatives passées.

Une succession non préparée

La demande du Comité central de voir Laurent Gbagbo se maintenir à la tête du PPA-CI révèle un héritage politique difficile à partager. La succession apparaît mal préparée, et le retrait du fondateur fait planer le risque réel d’une implosion du parti.

Le congrès à venir tranchera-t-il en faveur de l’exclusion définitive des cadres jugés indisciplinés, ou sera-t-il l’occasion d’un débat de fond sur la crise du leadership post-Gbagbo ?

Un précédent historique lourd

La perte du pouvoir en 2011 a déjà provoqué l’éclatement de la gauche ivoirienne, autrefois réunie au sein de la Majorité présidentielle (LMP). Le FPI s’est fragmenté, donnant naissance à plusieurs formations politiques : LIDER de Mamadou Koulibaly, le MGC de Simone Gbagbo, le COJEP de Charles Blé Goudé, et plus récemment le PPA-CI de Laurent Gbagbo.

Face à un pouvoir solidement installé et une opposition fragmentée, le PPA CI joue à l’occasion de son premier congrès ordinaire, une partie décisive de sa survie et de sa vocation à se positionner comme une alternative crédible pour les Ivoiriens. De toute évidence, le PPA CI court le risque de voir émerger, une fois encore, une nouvelle scission qui affaiblirait davantage sa mobilisation et son capital humain.

Depuis sa création, le PPA-CI s’est construit autour de la figure tutélaire de Laurent Gbagbo, son fondateur. Ce qui lui permet d’apparaître comme une force populaire de l’opposition ivoirienne, mais il accuse cependant, un retard dans la structuration en son sein, d’un leadership alternatif crédible.

Le PPA CI restera t-il centré sur la mémoire et la figure de son fondateur, ou s’inventera t-il de nouvelles ressources stratégiques pour demeurer cette force politique, capable de se projeter dans l’avenir en renouvelant ses méthodes, ses élites et son discours ?

Le premier congrès ordinaire du PPA CI se tient en mai prochain. Le thème, les différentes commissions et les animateurs ne sont pas encore connus.

ML


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