Abidjan, Plateau – hier mercredi 28 janvier, à la Maison de la Presse d’Abidjan, le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP), Charles Blé Goudé, a animé une conférence publique consacrée à la présentation de sa vision d’« une autre Côte d’Ivoire ». À cette occasion, l’ancien leader des Jeunes patriotes a livré un bilan sévère de la gouvernance du régime RHDP, dirigé par le président de la République, Alassane Ouattara.

Une Côte d’Ivoire toujours à risque électoral

Abordant les grands axes de la vie nationale — économie, santé, éducation et climat politique — Charles Blé Goudé a exprimé sa vive inquiétude quant à la stabilité démocratique du pays. Selon lui, « la Côte d’Ivoire demeure un pays à risque électoral ».

Il a regretté l’échec de ses initiatives en faveur d’un dialogue politique inclusif, censé créer les conditions d’élections apaisées. Cette situation, estime-t-il, a contribué à replonger le pays dans des tensions lors de l’élection présidentielle d’octobre 2025, marquée par la réélection d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat successif à la tête de la Côte d’Ivoire.

Le président du COJEP a rappelé que plusieurs points de discorde — notamment la non-réinscription de leaders de l’opposition tels que Laurent Gbagbo (PPA-CI), Tidjane Thiam (PDCI-RDA) et lui-même sur la liste électorale, la révision du fichier électoral et la recomposition de la Commission électorale indépendante (CEI) — ont nourri des tensions pré et postélectorales tout au long de l’année 2025.

Une opposition marginalisée, un pouvoir hégémonique

Dans ce contexte conflictogène, Charles Blé Goudé estime que des divergences stratégiques ont affaibli l’unité de l’opposition, notamment sur la question de la participation aux élections présidentielle et législatives d’octobre et décembre 2025.

Conséquence : l’opposition est aujourd’hui absente des principales instances de débat républicain, tandis que le RHDP contrôle à la fois l’exécutif et le pouvoir législatif, avec 77,65 % des sièges à l’Assemblée nationale.

Face à cette situation, il appelle, en ce début d’année 2026, à une reprise sincère du dialogue national, à la libération des prisonniers politiques issus de la crise postélectorale, et à un apaisement durable du climat politique.
« Les tensions et les passions électorales appartiennent désormais au passé. Il faut profiter de l’accalmie actuelle pour rassurer les Ivoiriens », a-t-il plaidé.

Une croissance économique non inclusive

Sur le plan économique, Charles Blé Goudé reconnaît l’existence d’une croissance, mais déplore son faible impact sur les conditions de vie des populations.
« Au lieu d’être une fierté nationale, la croissance n’est malheureusement pas inclusive », a-t-il affirmé, soulignant qu’elle ne se reflète ni dans le panier de la ménagère ni dans le quotidien des citoyens.

Il a évoqué les difficultés persistantes des Ivoiriens à se nourrir, à se soigner, à payer leurs factures d’électricité et leurs loyers, notant que de nombreuses familles restent prisonnières de la précarité.
La question de l’emploi des jeunes a également été soulevée : « Avoir un emploi aujourd’hui relève du parcours du combattant », a-t-il déclaré, ajoutant que la pression fiscale freine l’essor des jeunes entrepreneurs.

Un système éducatif en crise

Concernant l’éducation nationale, le président du COJEP s’est dit alarmé par la dégradation du niveau scolaire, qualifiant le constat de « lapalissade ». Il a cité des chiffres de l’UNESCO et de la Banque mondiale, selon lesquels 83 % des élèves quittent le cycle primaire sans maîtriser les fondamentaux : lire, écrire et compter.

Pour illustrer son propos, il a évoqué le cas de la direction régionale de l’Éducation nationale d’Adzopé, qui aurait exclu 1 300 élèves de classe de 6ᵉ au cours de l’année scolaire 2024-2025 pour insuffisances académiques.

« Une autre Côte d’Ivoire est possible »

Face à ce tableau qu’il juge préoccupant, Charles Blé Goudé se présente comme une alternative crédible, capable d’apporter des réponses concrètes aux souffrances des Ivoiriens, lesquels, selon lui, « subissent en silence le modèle de gouvernance actuel ».

Il prône un projet fondé sur la réconciliation entre les citoyens et la politique, l’écoute des populations et la promotion des valeurs d’humanité, de tolérance, de fraternité, d’hospitalité et de solidarité. Il appelle également à faire prévaloir l’identité nationale sur les appartenances ethniques et partisanes.

Dans ce qu’il qualifie de nouveau contrat social, Charles Blé Goudé propose une gouvernance axée sur « l’essentiel et les priorités », afin de restaurer la dignité des populations ivoiriennes.

Pour rappel, Charles Blé Goudé, ancien détenu de la Cour pénale internationale, a été acquitté en janvier 2019 des charges de crimes contre l’humanité liées à la crise postélectorale de 2010-2011. Toutefois, en Côte d’Ivoire, il demeure privé de ses droits civiques pour une durée de dix ans, suite à une condamnation en décembre 2020 à 20 ans de prison pour des faits de torture, d’homicides volontaires et de viol.

ML


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