L’année 2025 a été marquée par l’organisation des élections générales en Côte d’Ivoire. Les scrutins présidentiel et législatif confirment l’hégémonie institutionnelle du parti présidentiel, dans le paysage politique national.

Un contexte électoral tendu

L’élection présidentielle d’octobre 2025 a conduit à la reconduction du président Alassane Ouattara pour un quatrième mandat successif à la tête du pays. Les élections législatives, quant à elles, tenues en décembre dernier, ont permis au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) d’obtenir environ 77 % des sièges à l’Assemblée nationale.

Comme lors des précédentes échéances électorales depuis l’avènement du multipartisme en 1990, ces scrutins restent marqués par des tensions, des affrontements, des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels. Selon le PPA CI, ces violences apparues à l’occasion de ces dernières élections, ont produit l’arrestation de 1 600 militants, actuellement détenus dans les prisons ivoiriennes.

Une partie de l’opposition, notamment le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), avait appelé au boycott des élections, du fait du rejet par le Conseil Constitutionnel, de la candidature aux présidentielles d’octobre dernier, de Laurent Gbagbo ainsi que de celle, de certains leaders de l’opposition comme Tidjane Thiam du PDCI, Pascal Affi N’Guessan du FPI et Assalé Tiémoko de l’ADCI.

L’ILPO, une initiative citoyenne

Créée en novembre dernier, l’Initiative pour la libération des prisonniers d’opinion (ILPO) se présente comme une plateforme citoyenne déterminée à défendre les libertés démocratiques et à obtenir la libération des personnes arrêtées dans le contexte pré et post-électoral en 2025.

L’initiative est conduite par Emmanuel Ackah, directeur de cabinet de Laurent Gbagbo et ancien ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Ghana.

Une mobilisation des autorités traditionnelles et religieuses

Après une première série de rencontres avec la Chambre nationale des chefs traditionnels, l’ILPO a engagé des consultations avec plusieurs responsables religieux, notamment, la Conférence des Églises méthodistes conduite par le Bishop Moude Séraphin, le Conseil supérieur des imams, des mosquées et des affaires islamiques en Côte d’Ivoire (COSIM), présidé par le Cheik Aïma Ousmane Diakité, l’Archevêché catholique d’Abidjan, dirigé par le Cardinal Ignace Bessi Dogbo, et le Conseil des Églises protestantes et évangéliques de Côte d’Ivoire (CEPCI), représenté par le Pasteur Dion Robert.

À travers ces audiences, l’ILPO entend mobiliser la communauté nationale afin d’adresser un plaidoyer au gouvernement en faveur de la libération des détenus qualifiés de « prisonniers d’opinion ».

Plaidoyer pour le dialogue et la réconciliation

Face à la rupture du dialogue, observée entre le gouvernement et l’opposition, cette initiative de Laurent Gbagbo, se veut une alternative transversale, fondée sur l’implication des institutions ethniques, culturelles, traditionnelles et religieuses, véritables relais d’influence morale et sociale. Elle vise à promouvoir la cohésion sociale, la réconciliation nationale et la défense des libertés publiques. Le parti de Laurent Gbagbo traduit ainsi avec l’ILPO, sa volonté de bâtir avec les cercles d’influence nationale, un plaidoyer qui va bien au-délà des clivages d’intérêts politiques.

Libération des prisonniers d’opinion : Laurent Gbagbo mobilise les institutions sociales.

Lors de ces rencontres, Emmanuel Ackah a décrit les conditions de détention des prisonniers et insisté sur la nécessité d’un engagement collectif pour leur libération. Il a également appelé les autorités traditionnelles et religieuses à encourager le dialogue, à renforcer les liens de fraternité et à militer pour la justice et le respect des principes démocratiques.

En perspective

Les prochaines échéances électorales sont prévues pour 2028. D’ici là, de nombreux observateurs estiment que le pays devra consolider le dialogue politique afin de permettre aux Ivoiriens de se réconcilier durablement avec le processus électoral.

Cette convocation à l’apaisement devrait aboutir à convaincre le gouvernement sur les mesures de grâces ou d’amnistie à prendre, en faveur d’une décrispation de l’environnement politique national.

L’ILPO avec ces différentes rencontres, soumet les institutions sociales à observer un défi. Celui d’évaluer la capacité des acteurs politiques à reconstruire un climat de confiance autour de la cohésion sociale, de la réconciliation nationale ainsi que celle, à bâtir autour du processus électoral en Côte d’Ivoire, responsable des crises existentielles dans le pays.

La mobilisation générée par l’ILPO, autour de la libération des « prisonniers d’opinions » apparaît désormais comme un test majeur dans l’évaluation de la solidité du jeu démocratique en Côte d’Ivoire.

ML



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