
L’Église fête aujourd’hui saint François d’Assise. Huit siècles plus tard, un prêtre espagnol, Josemaría Escrivá de Balaguer, a repris à sa manière la même intuition : Dieu se trouve dans l’ordinaire. Lecture croisée de deux hommes qui ont éclairé des vies sans quitter le quotidien.
Il y a des saints que l’on admire de loin, et d’autres qui vous mettent au travail dès le lendemain matin. François d’Assise et Josemaría Escrivá appartiennent à la seconde catégorie. Entre eux, sept siècles et un monde : l’Ombrie du XIIIe siècle d’un côté, l’Espagne puis la Rome du XXe de l’autre. Mais la même conviction, tenace : la sainteté n’est pas une spécialité réservée aux cloîtres, elle se joue là où l’on vit.
Le fils du drapier et le fils du commerçant
François naît vers 1181 à Assise, fils d’un marchand de tissus prospère. Il aurait pu reprendre le commerce ; il a d’abord rêvé de chevalerie, connu la prison, puis tout quitté pour épouser la pauvreté. Son geste le plus radical n’est pas une doctrine mais une manière d’être au monde : parler aux pauvres, aux malades, aux oiseaux, au soleil et à la mort comme à des frères et des sœurs. Le Cantique des créatures, écrit à la fin de sa vie alors qu’il est presque aveugle et souffrant, ne décrit pas une nature idéalisée : il bénit ce qui est là, le feu, l’eau, le vent, la terre qui nous porte.
Josemaría Escrivá naît en 1902 à Barbastro, en Aragon, dans une famille de commerçants ruinée par les deuils et les faillites. Ordonné prêtre en 1925, il fonde l’Opus Dei en 1928 avec une idée que son époque reçoit mal : les laïcs — un cheminot, une mère de famille, un étudiant, un journaliste — peuvent devenir saints sans rien changer de leur état, en faisant bien leur travail et en l’offrant. Il est canonisé à Rome en 2002 par Jean-Paul II.
Précurseur : en quel sens ?
Parler de François comme d’un précurseur de Josemaría demande une précision. Il ne s’agit pas d’une filiation historique : Escrivá n’a pas repris une règle franciscaine, et son chemin est séculier là où celui de François est mendiant. Mais sur le fond, l’intuition est la même, et François l’a eue le premier.
Le pauvre d’Assise a déplacé la sainteté hors du monastère vers la route, la place du marché, les lépreux de la plaine. Il a montré que l’Évangile se vit à hauteur d’homme, dans le travail des mains et la rencontre ordinaire. Sept siècles plus tard, Escrivá pousse le même déplacement jusqu’à son terme : non plus seulement la route, mais le bureau, l’atelier, la salle de classe, la cuisine. Là où sont vos activités, là se trouve votre rendez-vous avec Dieu, enseigne-t-il en substance. François avait désacralisé le lieu ; Josemaría a sanctifié la tâche.
Les deux hommes partagent d’ailleurs une même méfiance envers la religion décorative. François refuse les titres et préfère se dire « frère mineur ». Escrivá se présente comme un prêtre qui n’a jamais voulu fonder autre chose qu’une famille de chrétiens ordinaires. L’un et l’autre ont dérangé leur époque pour une raison identique : ils rendaient la sainteté accessible, donc exigeante pour tout le monde.
Ce que cela dit à nos sociétés
Cette parenté spirituelle n’est pas un sujet d’érudition. Dans nos pays, en Côte d’Ivoire comme ailleurs, la foi est souvent confondue avec le spectaculaire : les grandes veillées, les campagnes, les miracles annoncés. Les deux saints rappellent l’inverse. Le lieu de la transformation est modeste : un commerçant qui ne triche pas sur sa balance, un enseignant qui prépare son cours, un fonctionnaire qui refuse l’enveloppe, une mère qui tient sa maison. C’est un programme de développement autant qu’un chemin de foi : une société ne change pas par ses discours, mais par la qualité du travail ordinaire de ceux qui la composent.
Dans la phrase qui ouvre ce visuel, François ne parle ni de performance ni de mérite : « Oh, comme il est glorieux, saint et grand d’avoir aux cieux un Père ! » Tout le reste — la pauvreté choisie, le travail offert, la joie têtue — découle de cette certitude filiale. Escrivá en a fait le centre de sa prédication : se savoir fils, puis travailler.
Deux saints de l’ordinaire, donc. Ils n’ont pas illuminé le monde en le fuyant, mais en l’habitant mieux que les autres.
Gilles Yao
Correspondant Permanent de L’Actualité Ivoirienne, doctorant en communication institutionnelle à l’Université pontificale de la Sainte-Croix, Rome.
En Italien
San Francesco d’Assisi e san Josemaría: due santi dell’ordinario
Oggi la Chiesa celebra san Francesco d’Assisi. Otto secoli dopo, un sacerdote spagnolo, Josemaría Escrivá de Balaguer, ha ripreso a modo suo la stessa intuizione: Dio si trova nell’ordinario. Lettura incrociata di due uomini che hanno illuminato vite senza uscire dal quotidiano.
Ci sono santi che si ammirano da lontano, e altri che ti rimettono al lavoro il mattino dopo. Francesco d’Assisi e Josemaría Escrivá appartengono alla seconda categoria. Tra loro sette secoli e due mondi: l’Umbria del Duecento da una parte, la Spagna e poi la Roma del Novecento dall’altra. Ma la stessa convinzione, tenace: la santità non è una specialità riservata ai chiostri, si gioca là dove si vive.
Il figlio del mercante di stoffe e il figlio del commerciante
Francesco nasce intorno al 1181 ad Assisi, figlio di un mercante di tessuti benestante. Avrebbe potuto continuare il commercio; ha prima sognato la cavalleria, ha conosciuto la prigione, poi ha lasciato tutto per sposare la povertà. Il suo gesto più radicale non è una dottrina ma un modo di stare al mondo: parlare ai poveri, ai malati, agli uccelli, al sole e alla morte come a fratelli e sorelle. Il Cantico delle creature, scritto alla fine della vita, quando è quasi cieco e sofferente, non descrive una natura idealizzata: benedice ciò che c’è, il fuoco, l’acqua, il vento, la terra che ci sostiene.
Josemaría Escrivá nasce nel 1902 a Barbastro, in Aragona, in una famiglia di commercianti segnata da lutti e dissesti. Ordinato sacerdote nel 1925, fonda l’Opus Dei nel 1928 con un’idea che il suo tempo accoglie male: i laici — un ferroviere, una madre di famiglia, uno studente, un giornalista — possono diventare santi senza cambiare stato, facendo bene il proprio lavoro e offrendolo. Viene canonizzato a Roma nel 2002 da Giovanni Paolo II.
Precursore: in che senso?
Parlare di Francesco come precursore di Josemaría richiede una precisazione. Non si tratta di una filiazione storica: Escrivá non ha ripreso una regola francescana, e la sua strada è secolare là dove quella di Francesco è mendicante. Ma nella sostanza l’intuizione è la stessa, e Francesco l’ha avuta per primo.
Il poverello d’Assisi ha spostato la santità fuori dal monastero: sulla strada, nella piazza del mercato, tra i lebbrosi della pianura. Ha mostrato che il Vangelo si vive ad altezza d’uomo, nel lavoro delle mani e nell’incontro ordinario. Sette secoli dopo, Escrivá porta lo stesso spostamento fino in fondo: non più soltanto la strada, ma l’ufficio, l’officina, l’aula, la cucina. Dove sono le vostre attività, lì è il vostro appuntamento con Dio, insegna in sostanza. Francesco aveva liberato il luogo; Josemaría ha santificato il compito.
I due condividono inoltre la stessa diffidenza verso la religione decorativa. Francesco rifiuta i titoli e preferisce dirsi « frate minore ». Escrivá si presenta come un sacerdote che non ha mai voluto fondare altro che una famiglia di cristiani ordinari. L’uno e l’altro hanno dato fastidio alla loro epoca per un motivo identico: rendevano la santità accessibile, e quindi esigente per tutti.
Che cosa dice alle nostre società
Questa parentela spirituale non è materia da eruditi. Nei nostri paesi, in Costa d’Avorio come altrove, la fede viene spesso confusa con lo spettacolare: le grandi veglie, le campagne, i miracoli annunciati. I due santi ricordano il contrario. Il luogo della trasformazione è modesto: un commerciante che non imbroglia sulla bilancia, un insegnante che prepara la lezione, un funzionario che rifiuta la busta, una madre che manda avanti la casa. È un programma di sviluppo quanto un cammino di fede: una società non cambia per i suoi discorsi, ma per la qualità del lavoro ordinario di chi la compone.
Nella frase che apre questo visual, Francesco non parla né di prestazione né di merito: « Oh, come è glorioso, santo e grande avere nei cieli un Padre! » Tutto il resto — la povertà scelta, il lavoro offerto, la gioia ostinata — discende da questa certezza filiale. Escrivá ne ha fatto il centro della sua predicazione: sapersi figli, e poi lavorare.
Due santi dell’ordinario, dunque. Non hanno illuminato il mondo fuggendolo, ma abitandolo meglio degli altri.
Gilles Yao
Corrispondente permanente di L’Actualité Ivoirienne, dottorando in comunicazione istituzionale alla Pontificia Università della Santa Croce, Roma.

