En tournée politique en France, Simone Ehivet Gbagbo multiplie les entretiens avec la presse en ligne. La présidente du Mouvement des générations capables (MGC) revient sur la crise électorale de 2025, plaide pour la libération des personnes détenues dans ce contexte et appelle à un « pardon national ». Elle livre également sa lecture des événements de 2002 et rend un hommage appuyé à Laurent Gbagbo, qu’elle qualifie de « père de la démocratie » en Côte d’Ivoire.
Du 17 au 26 septembre dernier, à la faveur de la remobilisation des troupes de son organisation politique en France, Simone Ehivet Gbagbo, présidente du Mouvement des générations capables (MGC), a accordé de nombreux entretiens à la presse. Dans l’un d’entre eux, l’ex-Première dame de Côte d’Ivoire est revenue sur la crise électorale liée aux élections présidentielle et législatives de 2025.
Simone Gbagbo plaide pour un « pardon national »
Simone Ehivet Gbagbo estime que, dans le cadre de la réconciliation, des décisions devraient être prises afin de permettre la libération des personnes arrêtées pendant la crise de 2025.
« Pour des questions de réconciliation, que des décisions soient prises pour libérer tous ceux qui ont été arrêtés pendant la crise de 2025… Certains sont aujourd’hui malades et en train de mourir en prison. Et à ce niveau-là, moi, ma demande, c’est que l’État, le chef de l’État, accepte de prendre une décision d’organiser ce qu’on appelle le pardon national en vue d’une amnistie », plaide-t-elle.
Pour la présidente du MGC, « lorsqu’un pays est en crise, il y a un moment où il faut s’arrêter pour offrir le pardon ». Elle rappelle, à ce propos, qu’en 2002, le président Laurent Gbagbo avait, selon elle, pris une mesure d’amnistie après l’attaque menée par une rébellion armée.
« En 2002, le président Laurent Gbagbo l’a fait, alors qu’il a été attaqué par une rébellion armée, en procédant à la prise d’une loi d’amnistie, pour offrir le pardon de l’État aux auteurs de ce crime, ouvrant ainsi des voies de discussion », rappelle-t-elle.
Selon Simone Ehivet Gbagbo, une telle démarche permettrait à la communauté nationale de « reprendre vie » et contribuerait à l’apaisement du climat social et politique en Côte d’Ivoire.
Sa lecture de la crise de 2002
Revenant sur la crise de 2002, Simone Ehivet Gbagbo affirme que Laurent Gbagbo avait hérité du pouvoir du PDCI avec des infrastructures de défense qu’elle décrit comme inexistantes. Les forces de défense et de sécurité ivoiriennes, selon elle, étaient dépourvues de moyens de combat et, par conséquent, de capacités suffisantes de défense.
« Lorsque Laurent Gbagbo accédait au pouvoir d’État, l’armée ivoirienne n’avait aucun équipement », confie-t-elle.
Cet état de fait aurait conduit, selon Simone Ehivet Gbagbo, Laurent Gbagbo à solliciter l’aide de certains pays africains. Le Nigeria aurait été, selon son récit, le seul pays à avoir répondu favorablement à cette demande.
Elle affirme toutefois que la France aurait contraint le Nigeria à retirer son soutien aérien à Laurent Gbagbo.
Dans ce contexte, Simone Ehivet Gbagbo dénonce également ce qu’elle présente comme une décision de la France et de l’ONU d’imposer à la Côte d’Ivoire un embargo sur l’achat d’armes.
Une situation qui, selon son analyse, aurait contribué à affaiblir le pouvoir de Laurent Gbagbo, contraint alors d’ouvrir la gestion du pays aux forces rebelles, notamment à travers les accords de Kléber et de Marcoussis.

Laurent Gbagbo, « père de la démocratie »
Évoquant enfin celui avec qui elle a partagé une cinquantaine d’années de vie commune, Simone Ehivet Gbagbo rend un hommage appuyé à Laurent Gbagbo, qu’elle qualifie de « père de la démocratie ».
Très émue, elle évoque un homme avec lequel elle a partagé des valeurs et des luttes pour l’avènement et la promotion de la démocratie en Côte d’Ivoire.
« Dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, je le considère comme le père de la démocratie, au même titre que le président Houphouët-Boigny est reconnu comme le père de l’indépendance. Rien que de le reconnaître ainsi, ça suffit pour lui rendre hommage et l’honorer jusqu’à la fin de sa vie. Et pour le père qu’il est, même dans les contradictions d’opinions qui surviennent ou qui peuvent advenir, Laurent Gbagbo reste un père devant qui il faut garder silence et respect pour l’homme Gbagbo », conclut-elle.
Au-delà de cet hommage personnel à Laurent Gbagbo, la prise de parole de Simone Ehivet Gbagbo s’inscrit dans un plaidoyer plus large en faveur de l’apaisement du climat politique ivoirien. En appelant à la libération des personnes détenues dans le cadre de la crise de 2025 et à l’ouverture d’un processus de « pardon national » susceptible de conduire à une amnistie, la présidente du MGC remet la question de la réconciliation au cœur du débat national. Une manière, pour elle, de renouer avec ce qu’elle considère comme l’esprit des démarches engagées en 2002 : dépasser la crise par le dialogue, le pardon et la recherche d’une sortie politique.
ML
