Analyse
La réforme de la gouvernance électorale est désormais engagée. Annoncée le 6 mai dernier avec la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), elle a progressivement déclenché une dynamique de concertation au sein de plusieurs formations de l’opposition ivoirienne. Le FPI de Pascal Affi N’Guessan, le MGC de Simone Ehivet Gbagbo, l’ADCI d’Assalé Tiémoko, le COJEP de Charles Blé Goudé et le PPA-CI de Laurent Gbagbo ont notamment engagé des discussions afin d’harmoniser leurs positions sur le futur dispositif électoral. Le PDCI-RDA de Tidjane Thiam s’inscrit également dans les discussions plus larges autour de la réforme.
Face au modèle de gouvernance électorale proposé par le gouvernement, qui repose sur une architecture articulée autour de plusieurs fonctions distinctes, l’opposition cherche ainsi à faire émerger une proposition commune. La réunion prévue ce mercredi 30 septembre au siège du FPI de Pascal Affi N’Guessan pourrait constituer une nouvelle étape de cette démarche.
Au-delà de la seule réforme électorale, cette convergence pourrait-elle ouvrir la voie, dans une perspective stratégique, à une nouvelle coalition politique ? À l’image du RHDP, créé en 2005 à Paris sous la forme d’une alliance entre plusieurs formations politiques, une plateforme non fondée sur une idéologie unique pourrait progressivement prendre forme. Et, dans cette hypothèse, pourquoi pas sous l’appellation de Rassemblement des Panafricains pour la Démocratie en Côte d’Ivoire (RPDCI) ?
La réforme électorale, nouveau point de convergence de l’opposition
Cette convergence de vues, particulièrement perceptible entre le MGC, le COJEP, l’AIRD, le FPI et d’autres formations de l’opposition, pourrait traduire une volonté de rapprochement après plusieurs années de fragmentation. Elle met également en évidence une exigence commune : celle d’un organe électoral jugé indépendant, transparent, crédible et suffisamment protégé de toute influence politique.
La question électorale devient ainsi un terrain de rencontre entre des formations qui n’ont ni la même histoire, ni les mêmes trajectoires, ni nécessairement la même culture politique.
Longtemps enfermée dans une logique de candidatures concurrentes, de querelles de leadership et d’alliances à géométrie variable, l’opposition ivoirienne semble découvrir, autour de la réforme électorale, un espace de convergence. Cette dynamique pourrait dépasser la seule préparation d’une prochaine échéance électorale et traduire un changement de méthode dans la manière d’envisager le rapport de forces politique.
Un moment charnière autour des règles du jeu électoral
Le climat politique ivoirien se trouve ainsi à un moment charnière. Ce tournant ne se joue pas nécessairement dans une déclaration de candidature ou à l’occasion d’un meeting politique. Il se joue autour d’un sujet plus fondamental : les règles du jeu électoral.
Depuis la dissolution de la CEI, le débat ne porte plus uniquement sur la disparition de l’ancien organe. Il s’étend désormais à la nature du mécanisme appelé à lui succéder : qui organise les élections ? Qui contrôle le processus ? Qui supervise le scrutin ? Qui proclame les résultats ? Qui tranche les éventuelles contestations ? Et surtout, quelles garanties institutionnelles permettront de renforcer la confiance des différents compétiteurs dans la crédibilité du processus électoral ?
C’est précisément sur cet espace que l’opposition semble pouvoir trouver un langage commun.
Réunis autour de cette question, des partis qui peuvent être séparés par leur histoire et leurs positionnements politiques se retrouvent autour d’une préoccupation commune : la réforme du système électoral. Les concertations engagées en septembre montrent en effet une volonté de parvenir à une position harmonisée sur la future gouvernance électorale.

De la défense d’une réforme à une nouvelle culture politique ?
Les formations de l’opposition veulent désormais construire ensemble une relation de confiance autour des règles électorales. Ce pari devra toutefois dépasser le simple cloisonnement partisan et trouver une dimension transversale.
Il s’agirait notamment de défendre des élections transparentes et juridiquement sécurisées, de promouvoir l’alternance pacifique et de faire en sorte que les compétitions électorales ne se transforment plus en facteurs de crise nationale.
Le rapprochement entre ces différentes formations pourrait alors modifier la géographie politique de l’opposition ivoirienne, à condition que la démarche demeure participative et inclusive.
Pour autant, le rapprochement entre le FPI, le MGC, l’ADCI, le COJEP, l’AIRD, le PPA-CI et le PDCI-RDA sur la question de la réforme électorale ne signifie pas encore la naissance d’une nouvelle force politique.
Il ouvre cependant une possibilité : celle de faire de la réforme du système électoral non pas un nouvel épisode de confrontation entre le pouvoir et l’opposition, mais le point de départ d’une culture politique différente, fondée sur des exigences institutionnelles communes.
Le RPDCI, simple hypothèse ou début d’une recomposition ?
L’opposition ivoirienne se trouve ainsi face à un choix stratégique. Continuer à se retrouver à l’approche de chaque échéance électorale, au gré des circonstances et des intérêts partisans, ou tenter de construire dès aujourd’hui une plateforme durable capable de porter une contradiction démocratique structurée au gouvernement ?
C’est dans cette interrogation que se situe peut-être le véritable enjeu de la réforme électorale.
La convergence actuelle peut rester un rapprochement ponctuel dicté par les circonstances. Mais elle peut aussi devenir le premier chapitre d’une recomposition plus profonde de l’opposition ivoirienne.
Dans cette seconde hypothèse, la réforme électorale ne serait plus seulement une question institutionnelle. Elle pourrait devenir le socle d’une nouvelle alliance politique, construite non pas autour d’une candidature ou d’une personnalité, mais autour de principes communs : la crédibilité du processus électoral, l’indépendance de l’arbitrage électoral, la transparence du scrutin et la recherche d’une alternance pacifique.
Face au Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), l’émergence éventuelle d’un Rassemblement des Panafricains pour la Démocratie en Côte d’Ivoire (RPDCI) constituerait alors une nouvelle configuration du paysage politique ivoirien.
Pour l’heure, le RPDCI demeure une hypothèse. Mais les discussions engagées autour de la réforme électorale posent déjà une question de fond : l’opposition ivoirienne est-elle en train de passer de la recherche d’une convergence électorale à la construction d’un véritable projet politique commun ?
ML
