Le déguerpissement de Koumassi Campement, survenu le 3 juin dernier, continue, à la suite de la récente conférence de presse tenue par le procureur de la République et de la rentrée scolaire 2026-2027, de susciter de nombreuses observations. Depuis son avènement, cette situation plonge de nombreuses familles dans une situation humanitaire critique, mettant ainsi à rude épreuve le principe de solidarité nationale affiché par le gouvernement ivoirien.

Entre les promesses du gouvernement en faveur d’une « Côte d’Ivoire solidaire », les actions d’urgence et les attentes non satisfaites des populations sinistrées, le sujet des déguerpis de Koumassi Campement révèle les tensions entre les promesses d’une Côte d’Ivoire solidaire, l’ordre urbain et la protection sociale des populations vulnérables en situation de détresse.

Une urgence humanitaire qui perdure

Au-delà de la destruction des habitations, le déguerpissement de Koumassi Campement pose désormais la question de la prise en charge durable des familles touchées. La rentrée scolaire 2026-2027 vient ainsi rappeler que les conséquences de cette situation dépassent largement la seule question du logement.

Pour les familles concernées, l’accès à l’alimentation, au logement, à la scolarisation des enfants et à un environnement stable constitue désormais une préoccupation quotidienne. Cette situation interpelle directement le principe de solidarité nationale et la capacité des pouvoirs publics à apporter une réponse adaptée aux populations en détresse.

Côte d’Ivoire solidaire : face à l’urgence

Le programme gouvernemental « Côte d’Ivoire solidaire » vise à renforcer la cohésion sociale et à accompagner les populations dans les opérations de déguerpissement planifiées. Or, dans la situation de Koumassi Campement, le gouvernement a reconnu que cette opération ne relevait pas de son initiative, mais de celle d’un opérateur privé, dans le cadre d’un litige foncier.

Cette situation place ainsi les pouvoirs publics devant la nécessité de gérer les conséquences humaines d’une opération dont les conditions font désormais l’objet d’une enquête judiciaire.

Le ministère de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté a déployé un dispositif qui, bien que soulageant, reste une réponse limitée au regard de l’ampleur du sinistre et des besoins des populations concernées.

Cent millions de francs CFA et des kits alimentaires ont ainsi été distribués à 400 ménages, soit 250 000 FCFA par famille.

Cette assistance constitue une réponse à l’urgence. Mais au-delà de cette première intervention, demeure la question d’une prise en charge dans la durée, notamment pour le logement, la scolarisation et la réinsertion des familles touchées.

De la promesse présidentielle à l’enquête judiciaire

Entre fermeté et promesse de justice, le président Alassane Ouattara, à l’occasion de son message à la nation délivré la veille de la célébration de la fête nationale du 7 août dernier, indiquait, relativement à la situation de Koumassi Campement, que « toutes les opérations menées en dehors du cadre légal feront l’objet d’enquêtes, et des sanctions seront prises si des responsabilités sont établies ».

Le président de la République venait ainsi de marquer sa position sur la nécessité du respect du cadre légal et de l’État de droit, tout en répondant aux préoccupations suscitées par la situation des populations déguerpies.

Comme pour faire suite à cette déclaration présidentielle, le procureur de la République, Koné Braman, tenait, le 16 septembre dernier, une conférence de presse consacrée notamment aux avancées de l’enquête ouverte depuis le 10 juin dernier.

Koné Braman a ainsi révélé plusieurs éléments clés :

  • l’ouverture d’une information judiciaire contre Alloui Brou Jacques, qui s’est lui-même présenté comme l’initiateur de l’opération de démolition de Koumassi Campement ;
  • le député de Gouméré-Tabagne cité comme principal financier de l’opération, pour lequel le parquet a saisi le bureau de l’Assemblée nationale pour la suite à donner à cette procédure ;
  • plusieurs personnalités entendues, dont le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Ibrahim Cissé Bacongo.

La suite de cette procédure judiciaire devra permettre d’établir les responsabilités éventuelles dans cette affaire.

La controverse autour du District autonome d’Abidjan

C’est dans ce contexte que surviennent des réactions politiques et médiatiques contrastées. Certains, comme Roger Youan, secrétaire général de l’ADCI, réclament la démission du ministre-gouverneur, tandis que d’autres, comme Alafé Wakili, patron de presse, dénoncent des « amalgames », comme il l’a expliqué lors de l’émission « 360 » de la chaîne NCI, le dimanche 20 septembre dernier.

Le 22 septembre dernier, le bureau du Conseil du District autonome d’Abidjan a affiché, par la voix de Danho Paulin Claude, premier vice-gouverneur et par ailleurs député-maire d’Attécoubé, son soutien « ferme, total et sans réserve » à Ibrahim Cissé Bacongo, réaffirmant ainsi sa solidarité avec les actions portées par celui-ci pour « la restauration de l’ordre urbain, la sécurité des populations et le développement de la capitale économique ».

Cette prise de position intervient dans un contexte de controverses politiques et médiatiques sur le rôle supposé joué par le District autonome d’Abidjan dans l’affaire Koumassi Campement, toujours en instruction par le parquet d’Abidjan.

Au-delà de cette controverse, l’affaire pose une question plus large : comment concilier les impératifs d’ordre urbain, de sécurité des populations et d’aménagement de la capitale économique avec la protection des personnes qui se retrouvent privées de logement et de moyens de subsistance ?

Entre ordre urbain et protection des populations

Le porte-parole du gouvernement dira sur la question du déguerpissement de Koumassi Campement et à l’occasion du compte rendu du Conseil des ministres de ce mercredi 23 septembre 2026, que « le gouvernement s’arrange à immuniser la répercussion de ces chocs sur la population au nom de cette Côte d’Ivoire solidaire ».

Il poursuivra : « Il y a eu des déguerpissements et vous le savez tous, c’étaient des déguerpissements pour sauver des vies. Nous avons donné le bilan des dernières saisons de pluies et notre pays est le pays où il y a eu le plus de morts en Afrique de l’Ouest, avec 59 décès. C’est inacceptable. L’affaire Koumassi Campement est en instruction et je ne commente pas les affaires qui sont en instruction pour ne pas perturber l’instruction. »

Cette position rappelle la nécessité, pour les pouvoirs publics, de prendre en compte les impératifs de sécurité et d’ordre urbain. Mais elle renvoie également à l’autre exigence de l’action publique : l’accompagnement des populations affectées par ces opérations.

C’est précisément sur ce terrain que se joue aujourd’hui la question de la solidarité nationale.

Rentrée scolaire : une nouvelle épreuve pour les familles sinistrées

La rentrée scolaire 2026-2027 constitue une nouvelle épreuve pour les familles touchées par le déguerpissement. Pour celles qui ont perdu leur habitation, la question n’est plus seulement celle de la reconstruction d’un cadre de vie, mais aussi celle de la continuité de la scolarité des enfants.

Cette situation invite les ministères de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Famille à diligenter une action concertée avec les autres départements du gouvernement, notamment ceux de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, du Logement et du Cadre de vie.

L’objectif serait d’accélérer le recasement des sinistrés dans un lieu viabilisé, en attendant une solution durable, mais également d’étendre l’assistance sociale avec des moyens plus importants.

La scolarisation des enfants et des jeunes issus des familles en détresse doit également constituer une priorité, tout comme l’accompagnement social et, si nécessaire, le soutien psychosocial aux personnes confrontées aux conséquences de cette situation.

Koumassi Campement, un test pour la « Côte d’Ivoire solidaire »

L’affaire Koumassi Campement constitue, au-delà de la procédure judiciaire en cours, un révélateur des difficultés auxquelles peuvent être confrontées les politiques de solidarité lorsqu’une opération d’aménagement ou de déguerpissement produit des conséquences humaines importantes.

Elle pose ainsi la question de l’articulation entre trois exigences : l’ordre urbain, le respect de l’État de droit et la protection des populations vulnérables.

La suite de l’enquête judiciaire devra permettre d’établir les responsabilités éventuelles. Mais parallèlement à cette dimension judiciaire, demeure l’urgence sociale des familles concernées.

La prise en charge des sinistrés, leur recasement, la scolarisation des enfants et l’accompagnement des familles constituent autant d’enjeux auxquels les pouvoirs publics sont désormais attendus.

Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse donc la seule gestion de l’affaire Koumassi Campement. Il touche à la capacité de la « Côte d’Ivoire solidaire » à traduire les engagements affichés en réponses concrètes et durables pour les populations confrontées à une situation de détresse.

ML

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