Le pacte social proposé par le PPA-CI, le déguerpissement de Koumassi Campement et la réforme de l’organe chargé des élections dominent l’actualité politique ivoirienne. Trois dossiers majeurs qui alimentent le débat public à quelques semaines de la célébration de la fête nationale du 7 août et qui interrogent sur le climat sociopolitique dans lequel le pays s’apprête à commémorer les 66 ans de son indépendance.
Ces dernières semaines, la vie politique ivoirienne est rythmée par l’initiative du pacte social portée par le Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), par les conséquences du déguerpissement de Koumassi Campement ainsi que par les discussions autour de la mise en place d’un nouvel organe chargé de l’organisation des élections avant les prochaines échéances, notamment les municipales de 2028.
Le pacte social, une nouvelle offensive politique du PPA-CI
Le contexte apparaît favorable au PPA-CI. L’émotion, la désolation et les nombreuses interrogations suscitées par le déguerpissement de Koumassi Campement, rappelant celui de Gesco à Yopougon, offrent à Laurent Gbagbo et à son parti une occasion de se repositionner sur l’échiquier politique après les déconvenues enregistrées lors de la dernière présidentielle et des élections législatives.
Dans son document, le PPA-CI dénonce notamment « la destruction de tous les acquis démocratiques censés consolider la Nation », « la rupture annoncée et planifiée de la cohésion sociale » ainsi que « le renversement du système de valeurs par la célébration de la médiocrité au détriment du mérite ».
Au-delà de cette lecture critique de l’action gouvernementale, le parti entend proposer aux Ivoiriens une nouvelle perspective fondée sur des recommandations concrètes. Laurent Gbagbo et les dirigeants du PPA-CI présentent ainsi un pacte social articulé autour de sept piliers qui prennent les allures d’un véritable projet de société :
- la démocratie, la justice sociale et le service public ;
- la lutte contre la vie chère et le renforcement du pouvoir d’achat ;
- les droits de l’Homme et la protection des citoyens ;
- l’emploi des jeunes et l’entrepreneuriat ;
- la femme et la famille ;
- la décentralisation et le développement local ;
- la réconciliation nationale.
Selon Laurent Gbagbo, l’urgence commande d’agir sur les facteurs liés au capital humain afin d’améliorer les conditions de vie des populations les plus vulnérables. Il plaide notamment pour des politiques facilitant l’accès au logement, au transport, à la santé et à l’éducation.
Le pacte social appelle également à un climat social apaisé, à une meilleure protection des ménages vulnérables et à la mise en place de mécanismes d’accompagnement pour les populations les plus exposées aux difficultés économiques.
À bien des égards, cette initiative s’apparente à une véritable phase de pré-campagne en vue de l’élection présidentielle de 2030, avec une étape intermédiaire que constitueront les élections municipales prévues dans moins de deux ans.
Après les congrès des jeunes et des femmes, le PPA-CI poursuit sa restructuration interne. La désignation du futur président délégué demeure très attendue. Plusieurs observateurs estiment que l’ambassadeur Emmanuel Ackah, actuel directeur de cabinet de Laurent Gbagbo et principal artisan de l’organisation des deux premiers congrès du parti depuis sa création en octobre 2021, figure parmi les personnalités les mieux placées pour occuper cette fonction stratégique.
Koumassi Campement : une opération aux lourdes conséquences

Le matin du 3 juin dernier, Abidjan s’est réveillée sous les gravats. Le quartier Houphouët-Boigny, plus connu sous le nom de Koumassi Campement, a été en grande partie détruit.
À l’origine de cette opération figure un opérateur économique et ancien adjoint au maire de Koumassi, Alloui Brou Jacques. Selon les autorités, près de 34 hectares ont été concernés, affectant plusieurs centaines de familles. Le ministère de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté évoque au moins 400 ménages, dont certains occupaient les lieux depuis 1983.
L’opération est intervenue en pleine saison des pluies et durant la période des examens scolaires, aggravant la détresse des populations concernées.
L’affaire a pris une nouvelle dimension lorsque le procureur de la République a révélé que les documents ayant servi de fondement à cette opération étaient falsifiés. Selon le parquet, la décision judiciaire invoquée « n’autorisait aucune démolition de construction » et la requête introduite ne concernait que cinq habitations. Cette demande avait, de surcroît, été rejetée par le tribunal.
Une enquête judiciaire a immédiatement été ouverte. Alloui Brou Jacques a été interpellé le 18 juin puis placé sous mandat de dépôt pour répondre notamment des faits de troubles à l’ordre public, voies de fait et destruction volontaire de biens appartenant à autrui.
Depuis, de nombreuses organisations de la société civile ainsi que plusieurs bienfaiteurs poursuivent leurs actions de solidarité en faveur des populations sinistrées.
Face à cette situation, le gouvernement a annoncé un programme de construction de 12 000 logements à Songon et dans la zone de l’autoroute du Nord afin de reloger près de 60 000 personnes.
Toutefois, plusieurs interrogations demeurent. Quel sera le sort des 34 hectares concernés ? Quelles réparations seront accordées aux propriétaires régulièrement titulaires de droits fonciers sur ce site ? Pourquoi ces derniers ne bénéficient-ils pas encore d’une indemnisation effective ? Autant de questions auxquelles la procédure judiciaire devrait permettre d’apporter des réponses.
Vers un nouvel arbitre du jeu électoral
Après la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), la réflexion sur la création d’un nouvel organe électoral s’est accélérée.
Le 22 juin dernier, à la suite des propositions formulées par Simone Ehivet Gbagbo, présidente du Mouvement des Générations Capables (MGC), et ses alliés en faveur d’un « Haut Conseil électoral », le Premier ministre Robert Beugré Mambé a réuni les partis politiques ainsi que les organisations de la société civile pour une séance d’information.
À l’issue des échanges et au regard des insuffisances relevées dans le fonctionnement de l’ancienne CEI, le gouvernement propose un dispositif reposant sur trois structures distinctes :
- un organe exclusivement chargé de l’organisation matérielle des élections ;
- un organe chargé du recensement et de la centralisation des votes ;
- un organe chargé de la supervision et du contrôle de l’ensemble du processus électoral.
Si cette initiative est globalement saluée, plusieurs formations de l’opposition appellent à une concertation plus inclusive sur la composition et les modalités de fonctionnement du futur organe.
Elles estiment également que cette réforme doit s’accompagner d’un audit de la liste électorale ainsi que d’une révision permettant notamment la réintégration de plusieurs leaders politiques, parmi lesquels Laurent Gbagbo (PPA-CI), Tidjane Thiam (PDCI-RDA), Charles Blé Goudé (COJEP) ainsi que d’autres personnalités dont les noms ne figurent plus sur la liste électorale.
Au-delà des divergences politiques, les Ivoiriens aspirent à des élections transparentes, inclusives et apaisées, sans violences ni pertes en vies humaines, afin que l’alternance politique puisse désormais s’opérer dans le strict respect des règles démocratiques.
Le 7 août, une nouvelle occasion de renforcer la cohésion nationale

Dans quelques semaines, la commune de Yopougon accueillera les festivités marquant le 66e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.
Cette célébration constitue une nouvelle opportunité de promouvoir la réconciliation nationale, la justice, l’équité, la vérité, la mémoire et le sens des responsabilités.
Après plus de trois décennies marquées par des crises politiques récurrentes, les 66 ans de la Côte d’Ivoire peuvent être comparés à des noces de jasmin, symbole d’une relation appelée à se consolider.
Comme dans toute union durable, trois valeurs paraissent aujourd’hui essentielles :
- la fidélité à un destin commun malgré les crises et les divergences ;
- la préservation du lien national, dans un pays reconnu pour sa diversité culturelle et son hospitalité ;
- le dialogue permanent afin de faire triompher l’intérêt supérieur de la Nation.
Dans cette perspective, la célébration du 7 août pourrait constituer un moment privilégié pour entendre les appels des autorités religieuses, des chefs traditionnels ainsi que de toutes les forces attachées à la paix, notamment en faveur de mesures de décrispation et de la libération des personnes toujours détenues dans le cadre des différentes crises électorales.
Plus que jamais, tous les acteurs politiques et sociaux sont appelés à placer la Côte d’Ivoire au-dessus des intérêts partisans et à rejeter définitivement la violence comme mode d’expression politique. C’est à ce prix que les prochaines échéances électorales pourront consolider durablement la paix et la démocratie ivoiriennes.
ML
