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La salle est pleine, mais avons-nous le vêtement ?

Il faut imaginer la scène. Un roi marie son fils. Le repas est prêt, les bêtes sont égorgées, la salle est dressée. Et les invités ne viennent pas. Non par impossibilité : par indifférence. L’un s’en va à son champ, l’autre à son commerce. Ils ne refusent même pas vraiment — ils passent à autre chose.

C’est cette parabole que médite l’Abbé K. Alexis OUEDRAOGO, Directeur de la Radio Notre-Dame de Kaya (Diocèse de Kaya, au Burkina Faso), dans le nouvel épisode de notre rendez-vous dominical, à écouter et à regarder dès ce samedi sur www.lactualite-ivoirienne.ci.

L’invitation d’abord

Avant toute autre chose, ce dimanche parle d’une invitation. Et d’un roi qui insiste : premiers serviteurs, puis d’autres serviteurs, avec ce détail presque attendrissant — « Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce. » On croirait entendre un père qui argumente, qui détaille le menu pour convaincre.

La première lecture avait donné le ton : « Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux » (Is 25,6). Le salut n’est pas d’abord une contrainte, ni même un devoir : c’est une fête à laquelle on est convié. Nous l’oublions souvent, nous qui parlons volontiers de la foi en termes d’efforts et d’obligations.

Le vrai scandale : l’indifférence

Ce qui perd les premiers invités n’est pas une faute spectaculaire. C’est la banalité de leurs occupations. Le champ, le commerce. Des choses bonnes, légitimes, nécessaires même. Rien d’immoral dans le fait d’aller travailler.

Et pourtant c’est exactement là que la parabole nous atteint. Nous ne risquons guère de mépriser Dieu par de grands blasphèmes. Nous risquons de le manquer par encombrement : l’agenda plein, le dossier urgent, les mille sollicitations qui ne laissent plus de place au rendez-vous. L’indifférence polie fait autant de dégâts que le refus franc — elle est seulement plus confortable.

« Allez donc aux croisées des chemins »

Alors le roi fait une chose inouïe. Il n’annule pas la fête. Il élargit les invitations : « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. » Et les serviteurs rassemblent « les mauvais comme les bons ».

Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. L’Église n’est pas une société de purs : c’est une salle remplie de gens ramassés sur les chemins. Nous y sommes entrés sans mérite particulier, par la seule générosité d’un roi qui voulait sa salle pleine. Quiconque se croit à cette table par droit acquis n’a pas compris d’où il vient.

Le vêtement de noce

Reste le dénouement, le plus déroutant. Un convive n’a pas le vêtement de noce. Le roi l’interpelle — « Mon ami », notons la douceur de l’adresse — et l’homme garde le silence.

Comment reprocher une tenue à quelqu’un qu’on vient de ramasser sur une route ? C’est que le vêtement n’était pas à acheter : il était fourni. L’homme ne manque pas de moyens, il manque de considération. Il est entré au festin sans se laisser transformer par l’invitation, comme on s’incruste quelque part sans y être vraiment.

Les Pères de l’Église ont lu dans ce vêtement la charité, la grâce baptismale, la vie nouvelle. Saint Paul dirait : « revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ » (Rm 13,14). Répondre « oui » à l’invitation ne suffit pas : il faut accepter d’être habillé autrement. Entrer dans la salle sans changer de vie, c’est rester étranger à la fête tout en occupant une place.

Et ce silence de l’homme, enfin. Il ne se défend pas, ne s’explique pas. Il n’a rien à dire parce qu’il n’y a rien à dire. Il savait.

Ce que nous emportons

« Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » La phrase fait peur — elle ne devrait pas nous faire désespérer, mais nous rendre sérieux. Dieu invite largement, infiniment plus largement que nous ne l’imaginons. Ce qu’il attend, c’est que l’invitation nous change.

Saint Paul, dans la deuxième lecture, dit à sa manière la confiance qui doit accompagner cette exigence : « Mon Dieu subviendra à tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus » (Ph 4,19). Le vêtement de noce, nous ne le fabriquons pas : nous le recevons. Il nous reste à vouloir le porter.

Par Gilles Yao — Correspondant permanent, Rome — L’Actualité Ivoirienne

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