Encensement de l'autel lors de la messe d'ouverture de l'année académique. Photo : L'Actualité Ivoirienne

Dans la basilique Saint-Pierre, jeudi 8 octobre 2026, le Pape Léon XIV a ouvert l’année académique des universités pontificales en demandant aux étudiants de ne plus jamais étudier « uniquement pour eux-mêmes ». La même semaine, il réunit au Vatican, selon une méthode synodale, les présidents des conférences épiscopales autour de la famille. Deux événements, une même logique : la synodalité est devenue l’outil par lequel le Saint-Père met en œuvre sa vision. Et les laïcs y occupent une place décisive.

Une messe, une méthode

Près de 5 000 membres de la communauté académique pontificale avaient pris place sous la coupole de Michel-Ange. Prêtres, séminaristes, religieux, religieuses et laïcs venus des cinq continents : la nef offrait déjà l’image d’une Église en marche commune.

Dans son homélie, Léon XIV a souhaité que cette rentrée soit « un véritable moment ecclésial », nourri par une « mission commune ». Il a demandé que chacun enseigne, étudie et cherche « avec les autres, pour les autres ». Puis il a lancé aux étudiants une invitation qui résume l’esprit synodal : « Ne vous contentez pas de vous asseoir côte à côte : rencontrez-vous, parlez-vous, écoutez-vous. »

Rencontrer, parler, écouter : ce sont les verbes mêmes de la synodalité. Le Pape ne les a pas présentés comme une réforme de structures, mais comme une manière d’être Église, jusque dans les amphithéâtres.

La synodalité s’apprend en la pratiquant

Ce message n’est pas isolé. Depuis son élection, Léon XIV a fait de la synodalité sa méthode de gouvernement. Le 26 juin 2026, il a ouvert son deuxième consistoire extraordinaire en défendant un format synodal, en groupes de travail, devant 178 cardinaux. Il reconnaissait que ce n’était pas la manière habituelle de procéder, tout en affirmant que la synodalité s’apprend en la pratiquant (source : EWTN News, relayé par ACI Afrique).

Quelques jours plus tôt, du 23 au 25 juin, il recevait les responsables des instances synodales continentales, dont celle d’Afrique, pour faire le point sur la mise en œuvre du Synode (Vatican News).

Et depuis le 7 octobre, jusqu’au 14, il réunit au Vatican les chefs des Églises orientales catholiques et les présidents des conférences épiscopales. Le thème : annoncer l’Évangile avec les familles, dix ans après Amoris laetitia. La rencontre est préparée conjointement par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie et le Secrétariat général du Synode (Synode.va).

L’horizon est fixé: des assemblées d’évaluation dans chaque diocèse au premier semestre 2027, puis une grande Assemblée ecclésiale à Rome en 2028, sous la conduite du Pape (Infovaticana).

Dans les amphithéâtres, des laïcs aux côtés des clercs

Quelque 11 750 étudiants sont inscrits dans les universités, collèges et instituts pontificaux de Rome. Parmi eux, de nombreux laïcs, hommes et femmes, souvent mariés et pères ou mères de famille. Ils étudient la théologie, le droit canonique, la philosophie ou la communication institutionnelle sur les mêmes bancs que les séminaristes.

Quand Léon XIV dit « regardez autour de vous », il désigne aussi cette réalité. La formation commune prépare une Église où clercs et laïcs ont appris tôt à réfléchir, prier et discerner ensemble.

L’intelligence et la compétence au service de la foi

Le Pape a défini l’intelligence comme « déterminante pour la foi et la mission ». Il a mis en garde contre les « faux maîtres » qui radicalisent une partie de l’enseignement au détriment de l’ensemble. Il a aussi distingué la mémoire humaine, faite d’expériences vécues, de la simple accumulation de données d’un algorithme.

C’est là que l’apport des laïcs est décisif. Journalistes, enseignants, chercheurs, juristes, médecins, ingénieurs du numérique: ils portent l’Évangile dans les lieux où se forment les opinions et les techniques. En demandant d’intégrer « la vie dans vos études et vos études dans la vie », Léon XIV confie à ces professionnels une mission précise : être des ponts entre la réflexion de l’Église et la réalité du monde.

Les familles, sujets et non objets de la pastorale

La rencontre en cours au Vatican sur la famille illustre ce changement de regard. Le document préparatoire parle d’annoncer l’Évangile avec les familles, et non seulement aux familles. Les évêques y viennent avec l’expérience des foyers de leurs Églises. Les couples et les parents deviennent ainsi des acteurs de l’évangélisation.

De la participation à la coresponsabilité

Le parcours vers 2028 va plus loin. Le texte d’orientation publié en juin demande aux diocèses d’évaluer l’accès des fidèles laïcs aux fonctions de responsabilité qui ne requièrent pas l’ordination. Il invite aussi à examiner le fonctionnement des conseils pastoraux et économiques, et le développement de nouvelles formes de coresponsabilité.

Pour les diocèses de Côte d’Ivoire, comme pour toute l’Église, ces assemblées de 2027 seront un rendez-vous concret. Les mouvements, associations de fidèles, communautés ecclésiales de base et médias catholiques y ont toute leur place.

« Ouvrons la porte »

Léon XIV a rappelé que beaucoup n’ont pas accès aux mêmes possibilités de formation. « Ouvrons la porte, ne nous fermons pas », a-t-il lancé. Pour les laïcs africains formés à Rome, l’appel est clair : rentrer partager ce qu’ils ont reçu, dans leurs paroisses, leurs entreprises et leurs rédactions.

Une Église qui marche ensemble

À Rome, sur la tombe de Pierre et non loin de celle de Paul, Léon XIV a rappelé aux étudiants qu’ils foulent les lieux où la foi a été confessée jusqu’au martyre. Le message est le même pour toute l’Église : la vision du Pape ne se réalisera pas d’en haut seulement. Elle passe par une Église où chacun, clerc ou laïc, prend sa part de la mission.

Pour les laïcs de Côte d’Ivoire et d’Afrique, l’invitation est concrète. Se former, prendre la parole dans les instances paroissiales et diocésaines, préparer les assemblées de 2027 et porter l’Évangile dans leurs familles et leurs professions. La synodalité n’est pas un slogan : c’est la manière dont l’Église du Pape Léon XIV entend avancer.

Gilles Yao — Correspondant permanent, Rome — L’Actualité Ivoirienne

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