Après une plainte du RHDP pour diffamation, injures et diffusion de fausses nouvelles, le vice-président du PPA-CI est également poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation liés aux troubles de la période électorale de 2025. Le parti de Laurent Gbagbo dénonce une procédure à caractère politique et exige l’arrêt des poursuites.
Dans le cadre de la 52e tribune du PPA-CI, tenue le 3 septembre dernier, Justin Katinan Koné, 4e vice-président du parti, avait choisi, comme l’actualité nationale l’exigeait, de consacrer son intervention à la question de l’orpaillage clandestin et illégal. A cette occasion, il avait ouvertement accusé le RDR d’être, selon ses sources, le principal artisan, en collusion avec la rébellion qui avait frappé et endeuillé le pays en 2002.
S’en est suivie une plainte du RHDP, adressée lundi dernier au procureur de la République, à l’encontre du collaborateur du président Laurent Gbagbo et ancien ministre du Budget. Justin Katinan Koné est accusé de « faits de diffamation, d’injures par le biais d’un système d’information et de diffusion de nouvelles fausses », selon le communiqué du procureur de la République rendu public ce vendredi 11 septembre.
Dans ce communiqué, il apparaît qu’à l’issue de son audition à la préfecture de police sur les faits qui lui sont reprochés, et en lien avec les troubles survenus pendant la période électorale de 2025, le procureur rappelle avoir fait savoir à l’opinion nationale et internationale que ces actes de violence ne resteraient pas impunis.
Justin Katinan Koné a ainsi été placé sous mandat de dépôt et inculpé, outre les faits de diffamation, d’injures et de diffusion de fausses nouvelles, de neuf autres chefs d’accusation. Il s’agit notamment d’« actes terroristes », d’« attentat contre l’autorité de l’État », de « complot contre l’autorité de l’État », de « participation à un mouvement insurrectionnel », d’« atteinte à l’ordre public », d’« apologie des crimes de meurtre », d’« attroupement armé et non armé », de « participation et organisation d’une manifestation interdite ou non déclarée » et d’« incendie volontaire de véhicule appartenant à autrui », commis à Abidjan et sur l’ensemble du territoire national.
Le PPA-CI dénonce une procédure judiciaire à caractère politique

Dans un point de presse tenu jeudi 10 septembre au siège du parti, le PPA-CI, par la voix de son président exécutif, le ministre Léon Emmanuel Monney, regrette l’inobservation, selon lui, de la loi de 2005 qui, en raison du statut d’ancien ministre de la République de Justin Katinan Koné, exigerait la saisine de la Cour de cassation avant l’engagement d’une procédure judiciaire à son encontre.
Le responsable du PPA-CI s’est également étonné de voir son camarade poursuivi pour des faits en lien avec la crise électorale de 2025, soit près d’un an après les événements concernés.
Dans son analyse, le PPA-CI estime que « c’est la première fois dans l’histoire de la démocratie ivoirienne qu’un parti politique au pouvoir engage des poursuites judiciaires contre un parti politique d’opposition qui n’a fait qu’exercer son droit constitutionnel et son devoir de parti politique d’opposition responsable », en dénonçant ce qu’il présente comme l’un des « nombreux scandales de la gouvernance du RDR, devenu RHDP ».
Le parti de Laurent Gbagbo juge que « cette dérive grave » n’aurait d’autre objectif que de bâillonner l’opposition en criminalisant sa prise de parole politique. Il y voit également une volonté du RHDP d’« instrumentaliser la justice » lorsqu’il est confronté, selon lui, aux critiques sur sa gestion de l’État, plutôt que de privilégier la voie démocratique du débat contradictoire.
Le PPA-CI réclame l’arrêt des poursuites
Pour le parti de Laurent Gbagbo, cette nouvelle affaire constitue une tentative de réduire le PPA-CI et ses cadres au silence. Justin Katinan Koné, estime le parti, paierait ainsi le prix de ses prises de position publiques qui, selon ses responsables, fragiliseraient le régime.
Laurent Gbagbo et ses hommes affichent une position claire. Le parti dénonce un harcèlement judiciaire de ses militants et fait valoir que plus d’un millier d’entre eux seraient toujours détenus sans jugement depuis plusieurs années.
Pour Léon Emmanuel Monney, « l’affaire Koné Katinan » constitue un « traquenard judiciaire » à travers lequel le gouvernement, profitant d’une plainte à caractère civil du RHDP, aurait introduit une procédure à caractère politique contre l’ancien ministre, en la reliant aux événements de la crise électorale de 2025.
Le président exécutif du PPA-CI rappelle, à cet égard, que lors du compte rendu du Conseil des ministres du mercredi 9 septembre dernier, le porte-parole du gouvernement aurait affirmé que la plainte contre le PPA-CI relevait exclusivement du parti RHDP et non du gouvernement.
Le parti appelle à la mobilisation
Face à ce que le ministre Léon Emmanuel Monney présente comme une tentative d’extinction de la voix de l’opposition et un risque de retour au système du parti unique, le PPA-CI réaffirme son rôle dans l’histoire de l’émancipation démocratique et du multipartisme en Côte d’Ivoire.
Le parti exige, sans condition, l’arrêt des procédures qu’il qualifie de politiques contre son vice-président Justin Katinan Koné et appelle ses militants à la mobilisation. Il entend également prendre à témoin l’opinion publique nationale et internationale sur ce qu’il considère comme une grave menace pour la paix sociale et la cohésion nationale en Côte d’Ivoire.
Le PPA-CI prévoit, dans cette perspective, de saisir les tribunes nationales et internationales engagées dans la protection des droits fondamentaux des citoyens ivoiriens.
Plusieurs cadres du PPA-CI détenus

Depuis la crise électorale de 2025, plusieurs militants du PPA-CI sont maintenus en détention, parmi lesquels Damana Pickass, Mey Kelassar, Koné Boubacar et Blaise Lasm. A cette liste s’ajoute désormais Justin Katinan Koné, pour ne citer que ceux-là.
ML
