Abidjan, Noom Hôtel, jeudi 10 septembre. L ’Agence d’intelligence financière de l’Ivoirien Stanislas Zézé, Bloomfield Group, a consacré la 3e édition de son tabloïd Bloomfield Review à l’économie sportive. À cette occasion, une table ronde a réuni plusieurs acteurs du secteur, parmi lesquels outre  Didier Drogba, ancien footballeur international et actuel vice-président de la fondation Peace and Sport, on notait la présence du Ministère du sport à travers  son directeur en charge de l’économie sportive et quelques présidents de fédérations sportives dont notamment Fabrice Sawegnon, patron de Life Tv, et vice-président de la fédération ivoirienne de tennis.

L’Afrique continue de constituer un vivier indétrônable de talents sportifs à travers le monde. Ses pépites font vibrer les pelouses de football, les rings de boxe, les pistes d’athlétisme, les parquets de basketball, les bassins de natation et les espaces de compétition du taekwondo, du judo ou encore du karaté, sans oublier le tennis.

Pourtant, le continent qui génère de nombreux talents sportifs reste encore le dernier à capter une part significative de la valeur créée par ces athlètes, alors même que celle-ci pourrait contribuer à bâtir une véritable économie sportive africaine.

Un paradoxe qui interpelle

Le paradoxe est saisissant. L’Europe et certains pays du Golfe dépensent des milliards pour s’offrir les services de joueurs ivoiriens, sénégalais ou nigérians, formés à Williamsville, à Dakar ou à Lagos. Et pourtant, à Abidjan, comme dans de nombreux pays africains, les clubs formateurs peinent à payer leurs factures et à assurer leur structuration.

Dans le même temps, le stade d’Ebimpé, dont la construction a mobilisé près de 143 milliards de francs CFA, peine encore à trouver un modèle de rentabilisation à la hauteur de l’investissement consenti. Pendant ce temps, le jeune espoir d’à peine 15 ans ne nourrit souvent qu’un seul rêve : partir.

Cette situation traduit l’un des principaux défis de l’économie sportive africaine : comment faire en sorte que les talents produits sur le continent contribuent davantage au développement économique de leur environnement de formation ?

Un écosystème à construire

La table ronde a ainsi permis de mettre en lumière les différentes composantes d’un écosystème sportif complet, allant du financement à l’emploi, en passant par les infrastructures, la formation, les médias, le sponsoring et la gouvernance.

Les défis pour construire cet écosystème sont nombreux. Ils concernent d’abord la politique de financement du sport et la définition de sa finalité. Ils touchent également à la mobilisation et à l’engouement des spectateurs autour des compétitions nationales, ainsi qu’à la place prépondérante du football au détriment des autres disciplines sportives.

Le constat dressé lors de la table ronde est sans appel. Dans leur grande majorité, les États africains demeurent, en l’absence d’un contenu local suffisamment attractif et structuré, les principaux sponsors, constructeurs et employeurs de l’industrie sportive. Les subventions publiques occupent ainsi une place prépondérante, faisant du sport africain moins une véritable industrie qu’une réserve de talents au profit du sport mondial.

Vers une industrie sportive viable

Les échanges ont toutefois permis de dégager des perspectives en faveur de l’émergence d’une industrie sportive africaine à part entière, viable et capable de générer un retour sur investissement mesurable.

Pour les infrastructures, par exemple, l’enjeu est de parvenir à les rentabiliser à travers des activités connexes. Cela suppose, comme chantier prioritaire, la mise en place d’un modèle économique clair et traçable, reposant sur des actifs permanents susceptibles d’attirer les annonceurs et les capitaux privés.

Pour ce faire, l’économie sportive africaine devra, au préalable, répondre à plusieurs exigences :

  • construire des infrastructures sportives de proximité rentables, avec l’intégration d’espaces commerciaux ;
  • renforcer la formation et formaliser les contrats professionnels ;
  • développer un contenu local mieux structuré, mieux élaboré et mieux présenté, afin de favoriser une plus grande implication des médias ;
  • promouvoir une gouvernance transparente ;
  • ramener l’État à sa fonction de régulateur.

Autant de pistes qui posent les bases d’une réflexion plus large sur la capacité de l’Afrique à transformer son immense potentiel sportif en véritable levier de croissance, d’emploi et d’investissement.

Bloomfield Review, un espace de réflexion

Les deux premières éditions de Bloomfield Review ont été présentées respectivement en janvier et en avril derniers. Elles étaient consacrées à des thématiques relatives au financement de l’économie ivoirienne et à la cartographie des risques d’investissement en Afrique.

Bloomfield est une agence de notation financière créée en 2007. Elle évalue notamment la capacité d’un pays, d’une entreprise, d’une banque ou encore d’une collectivité décentralisée à emprunter et à honorer ses engagements financiers.

ML

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