Le vivrier ivoirien connaît une réelle progression de sa production, mais reste encore tributaire de l’importation de denrées essentielles, notamment le riz. La souveraineté alimentaire devra donc se traduire par la transformation des produits locaux, avec pour défi de les rendre compétitifs.

D’après les données du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Production vivrière, issues de son bilan présenté par le ministre Bruno Nabagné Koné, à l’occasion de l’atelier bilan tenu à Yamoussoukro le 5 juin dernier, la production vivrière a atteint au moins 25,8 millions de tonnes en 2025, contre 23,65 millions de tonnes en 2024.

Si cette progression notable a le mérite de traduire les effets des différents programmes publics de soutien à la production agricole, il n’en demeure pas moins qu’elle pose une question : que fait-on de cette production ?

Car produire plus ou davantage ne signifie pas nécessairement se nourrir mieux ou réduire durablement les importations, avec pour bénéfice d’impacter la cherté de la vie. Tel apparaît le paradoxe auquel le gouvernement devra répondre, et le riz en est le symbole.

Le riz, symbole du paradoxe

La filière riz constitue apparemment le meilleur indicateur de cette nouvelle étape.

En 2024, la production de riz a atteint 2 millions de tonnes contre 1,55 million de tonnes en 2023. Et le pays, malgré cette dynamique, reste confronté à un besoin important d’importations.

L’ADERIZ, en 2023, évaluait la production nationale à 1,3 million de tonnes pour un besoin de consommation supérieur à 2,1 millions de tonnes, soit environ 400 milliards de francs CFA d’importations pour près de 1,4 million de tonnes.

De la production à la compétitivité

L’enjeu n’est donc plus simplement de produire davantage, mais plutôt de relever la production locale et, surtout, de la rendre suffisamment disponible, compétitive et attractive face au riz importé.

Ainsi, derrière chaque sac de riz vendu sur un marché se trouve toute une chaîne. Il y a certes le producteur, mais aussi les semences, les engrais, la mécanisation, l’irrigation, la récolte, le transport, le stockage, le décorticage, le blanchiment, le conditionnement, la distribution et, finalement, le consommateur. Un acteur défaillant de la chaîne peut altérer la compétitivité de l’ensemble de la filière.

Bien que le gouvernement, à travers le PRIDA, Projet Riz Irrigué de Daloa, veuille déjà s’engager sur cette voie avec l’aménagement de 3 500 hectares de périmètres irrigués, le véritable défi restera celui du marché.

Si le consommateur trouve plus facilement un riz importé qu’un riz local, si la qualité de ce dernier est sujette à caution et si le différentiel de prix reste défavorable au produit local, la progression de la production ne suffira pas.

Le réveil des produits vivriers

Comme le riz, le panier alimentaire ivoirien concerne également plusieurs produits essentiels comme le manioc, le maïs et la banane plantain.

La production du manioc a atteint 8,49 millions de tonnes en 2024 contre 2,36 millions de tonnes les années précédentes. Celle du maïs a progressé de 622 000 tonnes à 1,70 million de tonnes, tandis que la banane plantain est passée de 1,54 million de tonnes à 2,225 millions de tonnes, comme pour relever que le pays dispose d’une base productive importante.

Il s’agit maintenant de procéder à la transformation de cette masse agricole en véritable économie alimentaire.

Le défi de la transformation

Une agriculture qui produit beaucoup mais transforme peu reste exposée aux pertes, aux fluctuations des prix et aux difficultés d’écoulement. À l’inverse, une agriculture intégrée à une industrie agroalimentaire crée davantage de valeur.

Le manioc peut être destiné à la production de farine, d’amidon ou d’autres produits transformés. Le maïs peut alimenter les ménages, mais également les filières animales et aquacoles. La banane plantain peut, elle aussi, être conditionnée pour répondre aux besoins du marché urbain et extérieur.

Le consommateur au centre du défi de l’assiette locale

Il est l’acteur dont on parle le moins dans les politiques agricoles. Il faut donc dépasser le simple slogan « consommons local », car il n’est nullement question de patriotisme alimentaire, mais plutôt de rendre les produits locaux disponibles, réguliers, bien conditionnés et financièrement accessibles à tous.

Le patriotisme alimentaire ne peut remplacer la compétitivité.

Le riz local, le manioc, le maïs, l’igname ou encore la banane plantain doivent gagner leur place sur les marchés par leur qualité, leur prix et leur disponibilité.

Le pari du gouvernement et le rendez-vous du riz en 2027

Les pouvoirs publics affichent une ambition claire : faire de la Côte d’Ivoire un pays autosuffisant en riz et renforcer plus largement sa souveraineté alimentaire.

Reste désormais la question de l’exécution. C’est ici que devra être mesuré le véritable pari ivoirien.

Les investissements dans l’irrigation, les infrastructures rurales, la mécanisation, les semences, le financement et la transformation devront produire des résultats mesurables. Ces résultats ne seront pas que des « statistiques » : ils devront être visibles dans les marchés, dans les prix, dans les revenus des producteurs, dans les emplois créés et, finalement, dans les assiettes.

Les 9 pôles agro-industriels et les 16 filières agricoles prioritaires inscrits dans le PND 2026-2030 devront contribuer à relever la capacité de la Côte d’Ivoire à nourrir sa population, à créer de la valeur et à réduire sa dépendance aux importations alimentaires.

La Côte d’Ivoire devra désormais passer d’une logique de production agricole à une logique de chaîne de valeur, afin de réduire la facture alimentaire du pays.

ML

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