Côte d'Ivoire – Cameroun, match amical international, samedi 3 octobre 2026 au stade Alassane-Ouattara d'Ebimpé.
Côte d’Ivoire – Cameroun, match amical international, samedi 3 octobre 2026 au stade Alassane-Ouattara d’Ebimpé.

Battue 0-1 par le Cameroun samedi soir à Ebimpé, la Côte d’Ivoire a perdu plus qu’un match de préparation. Elle a montré ce qui lui manque depuis février 2024 : une colonne vertébrale et une mémoire.

Il n’y a pas de match amical contre le Cameroun. Hervé Renard l’avait lui-même dit à la veille de la rencontre : « au niveau international, il n’y a pas de match amical. » Samedi 3 octobre, au stade olympique Alassane-Ouattara d’Ebimpé, les Éléphants ont pourtant joué comme si le contraire était vrai. Résultat : une défaite 0-1, concédée dès la reprise, sur un ballon d’Arthur Avom contrôlé par Bil Nsongo, qui élimine Ousmane Diomandé et trompe Alban Lafont entre les jambes. Quarante-sixième minute. Premier but international du joueur du Deportivo La Corogne. Premier revers de Renard depuis son retour sur le banc ivoirien.

Le sélectionneur assume, et c’est tout à son honneur : « J’ai pris des risques avec le onze entrant parce que c’était le seul moment d’essayer les nouveaux joueurs. J’assume la responsabilité des risques que j’ai pris, ça fait partie de mon travail. » Dix à onze changements par rapport à l’équipe qui avait battu le Ghana, trois premières sélections — Christ Tapé, Kassoum Ouattara, Amadou Koné —, Franck Kessié sur le banc, Ibrahim Sangaré capitaine d’une formation qui se découvrait en jouant. L’argument est recevable sur le papier : une fenêtre FIFA se gère, et un sélectionneur a besoin de voir ses hommes.

Mais il y a des défaites qu’on ne concède pas. Pas à Ebimpé. Pas contre les Lions indomptables. Pas devant un public venu en nombre un samedi soir. Dans une vingtaine de confrontations depuis 1970, les deux nations se sont partagé les victoires à une unité près : ce n’est pas une statistique, c’est un patrimoine. Et un patrimoine ne se met pas en jachère le temps d’un essai.

Ce qu’ont fait les Lions, et que nous n’avons pas fait

Le plus instructif, samedi, n’est pas venu de notre vestiaire mais du leur. Bryan Mbeumo, capitaine camerounais : « Ce n’est jamais un match comme les autres. » Son sélectionneur David Pagou, après la rencontre : « Nous avons fait preuve de force mentale. » Et cette image qu’il donne de son bloc défensif : quand une équipe est bien regroupée, « il y a toujours un pied, une main, une tête ou un corps qui va empêcher le ballon d’entrer. »

Le Cameroun est venu à Abidjan sans André Onana ni Vincent Aboubakar, avec un néophyte dans le onze de départ. Il est reparti avec la victoire, parce qu’il avait décidé que ce match comptait. Nous avions les mêmes raisons de le décider. Nous ne l’avons pas fait.

La nostalgie n’est pas un projet

Depuis cet été, une petite musique circule à Abidjan : il fallait garder Emerse Faé. Elle s’est fait entendre dès août, après la non-reconduction du technicien qui, le jour de ses quarante ans, a hérité d’une sélection en lambeaux au milieu de la CAN 2023 et l’a conduite au titre dix-huit jours plus tard. Celui-là même qui a ensuite qualifié la Côte d’Ivoire pour le Mondial 2026 et lui a fait franchir, pour la première fois de son histoire, le premier tour d’une Coupe du monde. La défaite de samedi va raviver cette nostalgie. Elle ne réglera rien.

Car la vraie question n’est pas de savoir quel nom inscrire sur la porte du vestiaire. Elle est de savoir ce qu’on met dedans. Emerse Faé n’avait pas inventé de système révolutionnaire en janvier 2024 : il avait remis dans le groupe quelque chose que la génération précédente portait naturellement, et que nous appelons l’esprit Éléphant.

Comment transmet-on un esprit ?

Cet esprit a un nom et des visages : Didier Drogba, les frères Touré, Gervinho, Kalou, Gradel, Serey Dié. Une génération qui a longtemps perdu avant de gagner, et qui n’a jamais considéré qu’un maillot national se portait à l’essai. Elle a laissé une étoile en 2015 et une autre en 2024. Elle n’a pas laissé de mode d’emploi.

C’est là que la fédération a un travail à faire, et il ne se limite pas au choix du sélectionneur. Un esprit ne s’invoque pas dans les discours d’avant-match : il s’organise. Cela veut dire associer formellement les anciens à la vie de la sélection, et pas seulement aux photos protocolaires. Cela veut dire un parcours de formation qui transmet une culture de la gagne depuis les catégories jeunes. Cela veut dire expliquer à un joueur qui compte quatre sélections ce que représente, pour un planteur de Daloa ou un apprenti gbaka d’Adjamé, le jour où la Côte d’Ivoire joue contre le Cameroun.

Hervé Renard connaît ce pays, il l’a fait champion en 2015 et il a eu raison de dire, samedi, qu’il tirait « énormément d’enseignements » de la soirée. Le premier est peut-être le plus simple : à Ebimpé, contre les Lions, on n’expérimente pas. On joue.

Gilles Yao

Correspondant permanent, Rome — L’Actualité Ivoirienne

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