Située au sud du District autonome d’Abidjan, la commune de Treichville compte, selon les données du dernier recensement général de la population, un peu plus de 106 000 habitants répartis sur une superficie de 722 hectares. Ce territoire cohabite avec une importante zone industrielle et commerciale, qui abrite notamment le Port autonome d’Abidjan, principal port du pays, ainsi que le premier Centre hospitalier universitaire de Côte d’Ivoire, fondé en 1938.

Cette forte concentration d’activités économiques confère à la commune une capacité significative de mobilisation de ressources propres, lui assurant une relative autonomie financière. Avec un budget annuel estimé à près de 12 milliards de FCFA, Treichville figure parmi les collectivités locales les mieux dotées du pays.

Pourtant, chaque année, à l’approche de la saison des pluies, les inquiétudes réapparaissent sur les visages des populations. À cette angoisse liée aux inondations récurrentes s’ajoute une pollution atmosphérique chronique, provoquée notamment par les poussières issues des activités des cimenteries installées dans la zone portuaire.

Selon plusieurs indicateurs du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et d’ONU-Habitat, Treichville demeure confrontée à une double vulnérabilité : une pollution atmosphérique d’origine industrielle et une forte exposition aux risques d’inondation.

Cette réalité se manifeste, d’une part

Cette réalité se manifeste, d’une part, par les rejets récurrents de poussières de clinker dans la zone portuaire et, d’autre part, par les montées des eaux observées durant les épisodes pluvieux. Concernant les inondations, les analyses disponibles attribuent ce phénomène à la vétusté du réseau d’assainissement, au refoulement des eaux lagunaires lors des marées hautes et à l’obstruction rapide des grilles d’évacuation par les déchets plastiques provenant des zones commerciales.

Les faits historiques révèlent également que la planification urbaine et la politique de l’habitat n’ont pas suffisamment anticipé l’évolution démographique de la commune. Cette insuffisance a progressivement mis en évidence une faiblesse structurelle : un système de drainage devenu inadapté pour absorber les besoins d’une population urbaine en constante densification.

Face aux défis de l’assainissement et de la pollution atmosphérique, la mairie de Treichville exerce essentiellement un rôle de médiation et de facilitation. La gestion de ces problématiques relève en effet d’une responsabilité partagée entre la collectivité territoriale et l’État central. Si la municipalité assure le recouvrement de diverses taxes locales, elle ne dispose ni des compétences techniques suffisantes ni de l’autonomie budgétaire nécessaire pour entreprendre, à elle seule, la restructuration complète du réseau de drainage pluvial ou la mise en œuvre de mesures coercitives efficaces contre les sources de pollution industrielle.

Toutefois, au-delà des campagnes de sensibilisation, des journées de salubrité et de la mise en place d’un numéro d’alerte, la gouvernance locale gagnerait à se doter d’un mécanisme permanent d’intervention préventive. Celui-ci permettrait d’assurer le débouchage régulier des avaloirs ainsi que l’entretien systématique des canalisations, conformément aux observations formulées lors des récentes inspections de l’Office national de la protection civile (ONPC).

Le paradoxe est d’autant plus frappant que Treichville, riche de son tissu industriel et des recettes fiscales qui en découlent, peine encore à transformer cette richesse en investissements structurants capables d’améliorer durablement les conditions de vie des populations confrontées aux crises de l’assainissement et de la pollution atmosphérique.

Dans ce contexte, l’entrée en vigueur du Code de l’environnement

Dans ce contexte, l’entrée en vigueur du Code de l’environnement, renforcé par la loi n° 2023-900 du 23 novembre 2023, ouvre de nouvelles perspectives. La mairie de Treichville, en collaboration avec ses démembrements locaux, notamment les Comités de gestion des quartiers (CGQ), pourrait saisir l’opportunité offerte par le principe de compensation écologique pour mettre en place un fonds local d’entretien et de réparation environnementale.

Un tel mécanisme permettrait non seulement de contribuer à la prise en charge des populations affectées par les pathologies respiratoires liées aux activités industrielles, mais aussi de financer un programme permanent de curage et d’entretien du réseau communal d’assainissement. Alimenté par les taxes compensatoires issues des activités génératrices de pollution et des déchets commerciaux, ce fonds constituerait un levier concret pour rapprocher les recettes produites par l’activité économique des besoins réels des populations.

Ainsi, au-delà du constat récurrent des inondations et de la pollution atmosphérique, la question centrale demeure celle de la conversion de la richesse économique locale en politiques publiques efficaces. Car à Treichville, le véritable défi n’est plus seulement environnemental : il est avant tout celui de la gouvernance et de la redistribution des moyens au service du bien-être collectif.

ML

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