Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) a tenu, hier jeudi 15 octobre, un point de presse à son siège, au cours duquel sa direction a dénoncé ce qu’elle qualifie de « manœuvre d’étouffement des opposants politiques en Côte d’Ivoire ». La déclaration, portée par Léon Emmanuel Monnet, président exécutif du parti, intervient après une série de convocations de cadres du PPA-CI par la Section antiterroriste du tribunal de première instance d’Abidjan.
Une « décapitation méthodique » dénoncée
Selon Léon Emmanuel Monnet, le parti observe, depuis la présidentielle d’octobre 2025, « un vaste plan d’arrestations des membres de la haute direction du PPA-CI », avec, selon lui, « pour intention à peine voilée, la décapitation méthodique du PPA-CI ».
Le président exécutif a estimé que ces arrestations, déjà effectives pour certains cadres, ainsi que les convocations en cours, sont « préjudiciables à un climat sociopolitique de concorde » et « incompatibles avec la quiétude des populations et la paix sociale ».
Le PPA-CI a dès lors dénoncé « avec vigueur » des agissements qu’il qualifie d’« antidémocratiques et antirépublicains ». Il demande leur cessation immédiate ainsi que « la libération sans conditions de tous les détenus politiques ».
Des convocations qui s’enchaînent
L’inquiétude du parti s’est intensifiée après le dépôt, le mercredi 14 octobre, de nouvelles convocations émanant de la Section antiterroriste. Cinq responsables du PPA-CI sont concernés entre le 15 et le 23 octobre : Daniel Billaud Zéréhoué, Emmanuel Ackah, Koua Justin Banouakou, Dahi Nestor Douhouré et Fabrice Lago.
Cette salve de convocations intervient après la mise sous mandat de dépôt de plusieurs figures du parti, dont Damana Pickass et Justin Katinan Koné. D’autres cadres, à l’image de l’ancien président du Conseil stratégique et politique, Sébastien Dano Djédjé, ont été inculpés puis placés sous contrôle judiciaire.
Le PPA-CI affirme par ailleurs dénombrer plus de 1 600 personnes incarcérées depuis le scrutin présidentiel d’octobre 2025, ainsi que cinq décès. Ces chiffres, avancés par la direction du parti, n’ont pas été immédiatement confirmés par les autorités judiciaires ou gouvernementales.
Le différend autour de la loi de 2005

Léon Emmanuel Monnet a également exprimé son regret face à ce que le parti présente comme une inobservation de la loi n° 2005-201 du 16 juin 2005, portant statut des anciens présidents de la République, anciens chefs ou présidents d’institutions nationales et anciens membres du gouvernement.
Pour le PPA-CI, l’application de certaines décisions de justice à l’encontre de personnalités relevant de ce statut reviendrait à placer la décision judiciaire au-dessus de la loi. Le parti estime que cette situation traduit un mépris des garanties juridiques devant protéger les anciens responsables de l’État.
La question reste toutefois juridiquement sensible : la loi de 2005 prévoit notamment qu’un ancien président de la République ne bénéficie d’aucune immunité de juridiction après l’exercice de son mandat. Le débat porte donc moins sur l’existence du statut que sur son interprétation et sur les limites des protections qu’il confère.
Rappel chronologique des procédures

La série de convocations et de mesures judiciaires visant les cadres du PPA-CI s’est intensifiée depuis la fin de l’année 2025, après la présidentielle d’octobre 2025. Elle a conduit à des mises sous mandat de dépôt pour certains responsables, tandis que d’autres ont été inculpés puis laissés libres sous contrôle judiciaire.
Novembre 2025 : Damana Pickass, proche de Laurent Gbagbo, est incarcéré. Il est notamment poursuivi pour des faits qualifiés d’« actes terroristes » dans le cadre des troubles liés à la période électorale de 2025.
11 septembre 2026 : Justin Koné Katinan, quatrième vice-président du PPA-CI, est inculpé et placé sous mandat de dépôt, dans une procédure liée à sa participation présumée aux troubles survenus pendant la période électorale de 2025.
12 octobre 2026 : Sébastien Dano Djédjé, président du Conseil stratégique et politique du PPA-CI, est convoqué devant la Section antiterroriste du tribunal de première instance d’Abidjan. Après son audition, il est inculpé de plusieurs chefs d’accusation, dont « actes terroristes », « assassinat » et « atteinte à la sûreté de l’État », puis placé sous contrôle judiciaire et autorisé à regagner son domicile.
14 octobre 2026 : de nouvelles convocations sont déposées au siège du PPA-CI. Cinq responsables du parti que sont, Daniel Billaud Zéréhoué, Emmanuel Ackah, Koua Justin Banouakou, Dahi Nestor Douhouré alors qu’il est déjà en prison et Fabrice Lago, sont attendus devant la Section antiterroriste entre le 15 et le 23 octobre 2026.
Ainsi, Damana Pickass et Justin Katinan Koné figurent parmi les cadres placés sous mandat de dépôt, tandis que Sébastien Dano Djédjé a été inculpé mais laissé libre sous contrôle judiciaire. Les convocations annoncées pour la mi-octobre pourraient donc constituer une nouvelle étape dans cette série de procédures, que le PPA-CI interprète comme une pression croissante sur sa direction.
Un appel au dialogue politique inclusif
Au-delà de la contestation judiciaire, le PPA-CI a lancé un appel au gouvernement afin qu’il « recrée les conditions d’un dialogue politique inclusif ». Pour le parti de Laurent Gbagbo, seule une telle ouverture permettrait de sortir le pays de « la spirale de crise » qui, selon lui, plombe depuis trois décennies les efforts de décrispation et de réconciliation nationale.
La déclaration du PPA-CI intervient dans un contexte politique toujours tendu après la présidentielle d’octobre 2025, qualifiée de « controversée » par le parti. Elle relance le débat sur la place de l’opposition, les libertés publiques et le traitement judiciaire des cadres politiques en Côte d’Ivoire.
ML
