Douze noms, un seul appel : ce que les Apôtres disent à la Côte d’Ivoire

En ce 28 octobre, l’Église fête les saints Simon et Jude, apôtres. L’Évangile du jour (Lc 6, 12-19) rappelle que tout grand choix commence dans la prière, et que toute vraie autorité redescend vers la foule.

Avant de choisir ceux qui porteraient son message jusqu’aux extrémités de la terre, Jésus n’a pas convoqué de comité, ni consulté de sondage. Il est monté sur la montagne et « passa toute la nuit à prier Dieu ». Ce n’est qu’au matin qu’il appela ses disciples et en retint douze.

Il y a là une leçon que nos sociétés pressées gagneraient à méditer. Nous vivons à l’heure de l’instantané : décisions annoncées avant d’être mûries, nominations commentées avant d’être comprises, jugements rendus en un clic. L’Évangile propose un autre rythme : la nuit du discernement avant le jour de la décision. Pour un chef de famille, un responsable d’entreprise, un pasteur ou un dirigeant public, choisir ses collaborateurs est un acte grave. Il engage l’avenir de ceux qu’on sert. Il mérite le silence, la réflexion et, pour le croyant, la prière.

Une équipe improbable

Regardons de près la liste des Douze. On y trouve des pêcheurs de Galilée, Pierre et André, Jacques et Jean. On y trouve Matthieu, le collecteur d’impôts, homme du système, méprisé comme collaborateur de l’occupant romain. Et à quelques noms de lui, Simon « le Zélote », issu d’un courant qui voulait chasser ce même occupant. Humainement, ces deux-là n’avaient rien pour s’entendre.

Le Christ les a pourtant appelés ensemble. Non pour gommer leurs différences, mais pour les dépasser dans une mission commune. Le collège apostolique n’est pas un club d’hommes semblables ; c’est une fraternité de gens dissemblables réunis par un même appel.

Comment ne pas y lire un message pour notre pays ? La Côte d’Ivoire est riche de plus de soixante peuples, de plusieurs confessions, de sensibilités diverses. Cette pluralité n’est pas une menace : elle est une chance, à condition qu’un projet commun nous rassemble au-delà de nos appartenances. Notre éléphant, symbole de force et de mémoire, ne marche jamais seul : il avance en troupeau, protégeant les plus faibles. C’est ainsi que se construit une nation, comme se construit une Église.

Jude, l’apôtre des causes désespérées

Jude, fils de Jacques, que nous fêtons aujourd’hui, est devenu dans la piété populaire le patron des causes désespérées. Beaucoup de familles ivoiriennes, à Abidjan comme dans nos villages, connaissent ces situations où tout semble bloqué : la maladie qui ne cède pas, le procès qui s’éternise, l’emploi qui ne vient pas, l’enfant qui s’éloigne. La figure de saint Jude rappelle qu’aucune situation n’est hors de portée de la grâce, et qu’il ne faut jamais cesser d’espérer ni d’agir.

Nommer aussi la trahison

L’Évangile a une honnêteté qui désarme. La liste se termine par « Judas Iscariote, qui devint un traître ». Luc ne cache rien. Le groupe choisi après une nuit de prière comptera lui aussi sa défaillance. Aucune institution, aucune communauté, aucune équipe n’est à l’abri. La grandeur n’est pas d’être sans faille, mais de ne pas dissimuler la faille, et de rester fidèle à la mission malgré elle. Voilà une exigence de vérité que la presse, l’Église et la vie publique partagent.

Descendre dans la plaine

Enfin, Jésus « descendit de la montagne avec eux et s’arrêta sur un terrain plat ». La montagne est le lieu de la prière ; la plaine, celui de la rencontre. Là l’attendent des foules venues de Judée, de Jérusalem, et même du littoral païen de Tyr et de Sidon. Des malades, des personnes tourmentées, des gens ordinaires qui cherchent simplement à le toucher.

L’autorité évangélique ne reste pas sur les hauteurs. Elle descend au niveau des gens, écoute leurs souffrances et répond par des gestes qui guérissent. Ce mouvement, de la prière à la plaine, du discernement au service, est un modèle pour tout responsable, ecclésial comme civil. Le pouvoir qui ne descend pas vers le peuple finit par s’en couper.

MÉDITATION — Être touché par le Christ, le faire toucher

Appelés par leur nom. Jésus ne choisit pas « douze hommes » : il appelle Simon, André, Jacques, Jean… Dieu ne nous appelle jamais en masse, mais personnellement, avec notre histoire et notre caractère.

La fécondité discrète. Simon et Jude, fêtés ce jour, sont les apôtres dont on sait le moins. Pas de grands discours, pas de miracles racontés, et pourtant colonnes de l’Église. On peut être fidèle et fécond loin des projecteurs.

Le Christ à portée de main. Le dernier mot de l’Évangile est « toucher ». Aujourd’hui, c’est à travers ses disciples que les gens peuvent le toucher : une écoute, une parole juste, un geste concret.

Nos associations, apôtres d’aujourd’hui. Appelés, rassemblés, envoyés : c’est le chemin des Douze, et ce devrait être celui de nos associations. Une structure qui ne sert plus personne n’est qu’un nom sur un récépissé.

Questions du jour : quelqu’un, en me rencontrant, peut-il toucher un peu du Christ ? Et mon association, pour qui existe-t-elle vraiment, et qui va-t-elle rejoindre dans la plaine ?

Associations : retrouver l’esprit des Douze

Le collège apostolique est, au fond, la première association de l’Église : un petit groupe, un nom, une mission précise. Notre pays compte aujourd’hui des milliers d’associations, mutuelles, ONG, groupes paroissiaux et coopératives. Beaucoup naissent dans l’enthousiasme, avec statuts, bureau et récépissé. Puis, trop souvent, plus rien ne bouge. Les réunions s’espacent, les cotisations se perdent, et l’association n’existe plus que sur le papier ou pour les photos.

L’Évangile rappelle trois exigences. D’abord, le discernement : avant de créer une structure ou d’en choisir les dirigeants, il faut prendre le temps de se demander pourquoi elle existe et qui elle sert. Ensuite, la mission plutôt que le titre : les Douze n’ont pas été appelés pour porter un nom prestigieux, mais pour être envoyés. Un président, un trésorier ou un secrétaire général n’est pas un notable, c’est un serviteur. Enfin, la descente dans la plaine : une association du secteur social qui ne rejoint pas les malades, les jeunes sans emploi, les familles en difficulté a perdu sa raison d’être.

Les associations sont aussi des acteurs de la communication sociale. Elles relient les personnes, font remonter la voix des plus faibles et tissent la confiance dans nos quartiers.

Une mission qui continue

Deux mille ans plus tard, la mission des Apôtres se poursuit à travers les évêques, les prêtres, les religieux et tous les baptisés. En Côte d’Ivoire, elle prend le visage des catéchistes de brousse, des enseignants des écoles confessionnelles, des agents de santé des dispensaires, des communicateurs qui portent une parole d’espérance dans le tumulte médiatique, et des femmes et des hommes engagés dans nos associations.

Puissent les saints Simon et Jude intercéder pour notre pays, pour ses dirigeants et pour son peuple, afin que la Côte d’Ivoire avance, comme l’éléphant, unie, forte et fidèle.

Gilles Yao

Directeur de publication — L’Actualité Ivoirienne

Correspondant permanent, Rome

Ne manquez aucune actualité

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir nos articles par email.

🤞 Ne manquez pas ces conseils !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité

Laisser un commentaire

Newsletter

Restez informé de l'actualité ivoirienne

Recevez chaque jour, directement dans votre boîte mail, l'essentiel de l'actualité politique, économique et sociale de Côte d'Ivoire.

Ne manquez pas ces conseils !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Sans spamUn email par jour maximumDésabonnement en 1 clic
Espace annonceurs

Faites connaître votre marque

Profitez d'une expérience de navigation optimale et touchez nos lecteurs, sur ordinateur comme sur mobile. Découvrez comment annoncer sur L'Actualité Ivoirienne.

En savoir plus
Réponse sous 24h ouvrées