Le 7 décembre 1993, la Côte d’Ivoire perdait son père fondateur. Félix Houphouët-Boigny s’éteignait, refermant un chapitre majeur de l’histoire nationale et ouvrant celui, plus incertain, de sa succession. Trente-trois ans plus tard, le pays semble toujours en quête de la stabilité politique et de la cohésion sociale qui avaient longtemps fait sa réputation.

La réconciliation nationale, pourtant invoquée à chaque crise et promise à chaque sortie de conflit, demeure une aspiration plus qu’une réalité.

À la disparition du « Vieux », la bataille pour l’héritage politique s’engage. Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo deviennent les principales figures d’une succession qui façonnera durablement la vie politique ivoirienne. Depuis la présidentielle d’octobre 1995 jusqu’au scrutin de 2025, chacun, ou presque, aura exercé le pouvoir ou marqué son époque. Pourtant, le pays semble prisonnier d’un cycle politique où chaque élection réveille les mêmes fractures.

Au fil des années, les désaccords autour de l’interprétation de la Constitution, du Code électoral et de la gouvernance de l’organe chargé des élections ont alimenté une succession de crises dont la Côte d’Ivoire porte encore les stigmates.

Le bilan est lourd. Le coup d’État de 1999, la rébellion armée de 2002, la crise postélectorale de 2010-2011 et les tensions qui ont accompagné plusieurs consultations électorales ont profondément marqué la mémoire collective. Des milliers de vies ont été fauchées, des familles endeuillées, des populations déplacées et une méfiance durable s’est installée entre des Ivoiriens qui, parfois, semblent vivre dans le même territoire sans partager le même pays.

Aujourd’hui encore, cette fracture demeure perceptible.

D’un côté, une Côte d’Ivoire qui affiche une croissance économique soutenue, modernise ses infrastructures, améliore progressivement ses services publics et renforce son attractivité auprès des investisseurs. Les indicateurs macroéconomiques rassurent les partenaires techniques et financiers, tandis que les grands chantiers donnent l’image d’un pays en mouvement.

De l’autre, une partie de la population exprime un profond sentiment d’exclusion. Elle dénonce une redistribution insuffisante des fruits de la croissance, des inégalités persistantes, une liberté d’expression qu’elle estime fragilisée et un climat politique qui peine à rassurer tous les acteurs.

Ainsi coexistent deux lectures de la même Côte d’Ivoire.

L’une se construit à travers les statistiques économiques

L’une se construit à travers les statistiques économiques.

L’autre se raconte avec les blessures laissées par les crises successives.

Le retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, après son acquittement définitif par la Cour pénale internationale, puis sa rencontre avec le président Alassane Ouattara au Palais présidentiel avaient pourtant nourri un immense espoir. Les images des deux hommes se serrant la main avaient donné le sentiment qu’une nouvelle page pouvait enfin s’écrire.

Les Ivoiriens avaient voulu croire que le temps des affrontements appartenait définitivement au passé.

Mais la présidentielle de 2025 est venue rappeler que les blessures demeurent ouvertes. La réélection du président Alassane Ouattara pour un quatrième mandat consécutif, dans un scrutin marqué notamment par l’absence de Laurent Gbagbo, écarté de la compétition électorale, a ravivé les tensions politiques. Les violences enregistrées, les pertes en vies humaines et les arrestations qui ont suivi ont renforcé le sentiment d’une réconciliation encore inachevée.

À 66 ans d’indépendance, la Côte d’Ivoire mérite mieux qu’une alternance de crises et d’accalmies.

Elle mérite que ses principaux acteurs politiques élèvent le débat au-dessus des intérêts partisans.

Elle mérite que le président Alassane Ouattara et l’ancien président Laurent Gbagbo, malgré leurs divergences, retrouvent le chemin d’un dialogue franc au service de la Nation.

Les Ivoiriens attendent un geste fort.

Un geste qui ouvre la voie à l’apaisement

Un geste qui ouvre la voie à l’apaisement.

Un geste qui facilite la libération des personnes détenues dans le contexte des crises politiques, dans le respect des décisions de justice.

Un geste qui consolide une liberté d’expression responsable, indispensable à toute démocratie.

Un geste qui permette l’instauration d’un cadre électoral davantage consensuel, à travers une réforme de l’organe chargé des élections ou toute autre solution susceptible de renforcer la confiance de l’ensemble des acteurs politiques.

Enfin, un geste qui rappelle une évidence : les Ivoiriens n’ont qu’un seul pays.

À 66 ans, la Côte d’Ivoire gagnerait sans doute davantage à additionner les espérances qu’à entretenir les fractures.

Parce qu’au-delà des appartenances politiques, des ambitions personnelles et des échéances électorales, l’héritage de Félix Houphouët-Boigny demeure celui d’une Nation appelée à vivre dans l’unité.

Une Côte d’Ivoire unique, indivisible et commune à tous ses enfants.

ML

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Un commentaire sur “Côte d’Ivoire: 66 ans d’indépendance, 33 ans de crise.”

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