VATICAN– Alors que l’Église catholique célèbre la fête liturgique de saint François d’Assise le 4 octobre, son héritage est réexaminé à travers une lentille étonnamment moderne. Loin d’être seulement le saint patron des animaux et de l’environnement, une cohorte croissante de théologiens et d’historiens posent François comme le modèle par excellence pour deux des conversations contemporaines les plus pressantes de l’Église : la synodalité authentique et le rôle des laïcs dans le sacrement de l’Ordre. Dans une Église actuellement engagée dans un Synode pluriannuel sur la synodalité, l’exemple du « Poverello » d’Assise offre à la fois une profonde inspiration et un défi critique.
Un diacre, pas un prêtre : un choix délibéré
Le premier point critique souvent passé sous silence dans l’hagiographie populaire est le statut clérical de François. Il a été ordonné diacre, mais il n’est délibérément jamais devenu prêtre. Il ne s’agissait pas d’un échec ou d’un manque de vocation, mais d’un choix radical et intentionnel. Dans l’Église du XIIIe siècle, marquée par le cléricalisme et la poursuite du pouvoir ecclésiastique, le refus de François de l’ordination sacerdotale était une déclaration sismique. Elle le plaçait dans un espace liminal unique, plus proche de l’autel que des laïcs, mais distinct de la classe sacerdotale.
« C’était le génie de François », explique le Dr Eleanor Vance, professeur d’histoire ecclésiastique à l’Université pontificale grégorienne. « Il a embrassé le diaconat – un ordre permanent dédié au service (diaconie), à la charité et à la prédication de l’Évangile – précisément parce qu’il s’alignait sur sa vision d’une Église humble qui existe pour servir, et non pour être servie. Il est devenu, en substance, l’archétype du diacre permanent, une figure dont le ministère est profondément enraciné dans le monde séculier tout en étant configuré au Christ serviteur.
L’architecte de la synodalité laïque
Bien avant que la « synodalité » ne devienne un mot à la mode dans les documents du Vatican, François l’a conçue sur le terrain. Sa fondation de l’Ordre franciscain séculier (OFS) a été un acte révolutionnaire. Pour la première fois, un ordre religieux incorporait formellement dans sa structure des laïcs, hommes et femmes, mariés et célibataires, avec une règle de vie reconnue. Ils n’étaient pas des affiliés de seconde zone, mais des membres à part entière de la famille franciscaine, appelés à vivre l’Évangile au cœur du monde, dans leurs maisons, leurs marchés et leurs métiers.
Ce modèle était intrinsèquement synodal. Il proposait une Église où le cheminement commun (syn-hodos) n’était pas une directive descendante, mais une réalité communautaire vécue entre religieux ordonnés et laïcs, chacun ayant des missions distinctes mais complémentaires. François les a écoutés et, à leur tour, ils ont façonné le charisme du mouvement. Cela contraste fortement avec les modèles de l’Église qui cloisonnent la hiérarchie « sacrée » et les laïcs « laïcs ».
Un miroir critique pour l’Église moderne
La célébration de la fête de François au cours du Synode sur la synodalité invite à un examen critique des structures actuelles de l’Église. La vie de Francis pose des questions inconfortables :
- Cléricalisme: François, qui a embrassé les plaies des lépreux et recherché les marginalisés, se sentirait-il chez lui dans une Église encore souvent définie par le privilège et l’ambition du clergé ?
- Le rôle des laïcs : L’Église a-t-elle pleinement embrassé le « sens de la foi » (sensus fidei) des laïcs, comme l’a fait François, ou sont-ils encore souvent traités comme des destinataires passifs du ministère clérical ?
- Service vs alimentation : La structure contemporaine du sacrement de l’Ordre reflète-t-elle de manière adéquate le modèle christocentrique de service que François a incarné dans sa vocation diaconale ?
« François est un souvenir dangereux pour l’Église » note le père Mateo López, théologien franciscain. « Nous aimons mettre des bains d’oiseaux dans nos jardins en son honneur, mais nous sommes moins à l’aise avec son démantèlement radical du statut. Il met les pères synodaux au défi de ne pas se contenter de parler d’humilité et d’écoute, mais aussi de renforcer structurellement les laïcs et de réorienter les ordres du pouvoir vers le service, comme le diaconat en est l’exemple.
Le jour de sa fête, saint François d’Assise n’est pas une figure bénigne du folklore, mais une icône prophétique, en forme de diacre, d’une Église qui a besoin d’être réformée. Sa vie soutient que la véritable synodalité ne s’obtient pas seulement par les documents, mais par une imitation dépouillée de soi – du Christ serviteur, une vocation ouverte à tous, ordonnés et laïcs, qui sont prêts à marcher ensemble sur l’humble chemin de l’Évangile.
GY
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