L’après-Gbagbo se dessine progressivement au sein du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), non sans tensions ni ambitions concurrentes. Une transition délicate, amorcée par une déclaration lourde de sens de son fondateur.
Le 22 octobre dernier, dans une interview accordée à AFO MEDIA, Laurent Gbagbo a levé le voile sur ses intentions politiques futures. Interrogé sur son rôle après le rejet de sa candidature par le Conseil constitutionnel lors de la présidentielle de 2025 — scrutin ayant abouti à la réélection du président Alassane Ouattara pour un quatrième mandat — l’ancien chef de l’État s’est montré sans ambiguïté :
« Nous avons déjà fixé la date du congrès. Il se tiendra après les législatives du 27 décembre et je démissionnerai pour prendre du temps pour moi et ma famille. »
Cette annonce de celui que beaucoup considèrent comme le père du multipartisme en Côte d’Ivoire, opposant historique à Félix Houphouët-Boigny lors des premières élections pluralistes de 1990, a immédiatement ravivé les contradictions internes au PPA-CI. En toile de fond, une lutte de positionnement pour le contrôle du parti et l’héritage politique de Laurent Gbagbo.
Ahoua Don Mello, le premier dissident assumé
Parmi les figures les plus controversées, Ahoua Don Mello apparaît comme le principal acteur de la fronde interne. Bien que démis de ses fonctions, il demeure militant du PPA-CI. Son tort principal aux yeux de la direction : avoir défié la ligne officielle en se présentant à la présidentielle d’octobre dernier, puis en apportant récemment son soutien aux cadres exclus du parti ayant participé, contre la décision du comité central, aux élections législatives du 27 décembre.
Dans un communiqué publié le mardi 6 janvier sur sa page Meta, au lendemain des résultats provisoires des législatives, Ahoua Don Mello a félicité ces candidats dissidents. Il en a profité pour réaffirmer son plaidoyer en faveur de « la construction d’une gauche plurielle et démocratique », destinée à servir à la fois de laboratoire de réflexion sur le modèle démocratique ivoirien et de socle stratégique pour mettre fin au système du parti-État. Pour ce chantre du panafricanisme, l’opposition ivoirienne doit impérativement se réinventer afin d’offrir une alternative crédible aux populations.
Silences stratégiques et ambitions feutrées
Du côté de la direction du PPA-CI, le silence domine officiellement quant aux ambitions de succession. Pourtant, certaines susceptibilités laissent transparaître des prétentions bien réelles. Les noms de Stéphane Kipré, récemment élu député, Koné Katinan, président du Conseil stratégique, et Damana Pickass, vice-président dudit conseil actuellement sous mandat de dépôt pour atteinte à la sûreté de l’État, circulent aussi bien chez les analystes politiques que dans les discussions informelles des comités de base.
Révoqué de ses fonctions pour avoir bravé la décision de boycott des législatives, Stéphane Kipré maintient une posture de loyauté : « Mon objectif reste de servir mon parti et le président Laurent Gbagbo, à qui je remettrai ma victoire », affirme-t-il.
Koné Katinan et Damana Pickass, quant à eux, apparaissent comme les fidèles parmi les fidèles. Leur proximité politique avec Laurent Gbagbo ne souffre d’aucune contestation. Originaire de Niakaramandougou, dans le nord de la Côte d’Ivoire, ancien ministre du Budget entre 2010 et 2011, Koné Katinan, docteur en droit public, est reconnu pour son éloquence et sa maîtrise des questions de gouvernance. Damana Pickass, véritable figure de la base militante, jouit d’une forte popularité auprès des jeunes et des femmes du parti. Pour de nombreux militants issus des milieux estudiantins et populaires, il incarne l’avenir du PPA-CI.

Un congrès décisif en ligne de mire
La bataille pour la succession de Laurent Gbagbo s’annonce donc âpre et sans concession. Le prochain congrès du PPA-CI, annoncé après les législatives, devrait lever le voile sur les équilibres internes et les nouvelles orientations du parti.
En attendant, une forme de guerre froide règne au sein de la formation politique. Tous les regards sont tournés vers l’après-Gbagbo, une étape historique qui cristallise espoirs, craintes et ambitions pour l’avenir du PPA-CI.
ML
