Abidjan-Plateau, ce mercredi 16 septembre 2026 — Le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman, a tenu une conférence de presse relative à l’affaire du déguerpissement de Koumassi Campement.

Pour rappel des faits, et selon le parquet, la démolition survenue le 3 juin dernier, telle que revendiquée par son auteur, Alloui Brou Jacques, ne bénéficiait d’aucun fondement juridique. Les faits incriminés ont, par conséquent, été qualifiés de « troubles à l’ordre public, voies de fait et destruction volontaire de biens ».

Le 18 juin dernier, celui qui fut adjoint au maire de Koumassi sur la période de 1996 à 2001, Alloui Brou Jacques, a été interpellé avant d’être placé sous mandat de dépôt le 29 juin 2026.

Poursuivant ses investigations, le procureur de la République a révélé que, outre les autres acteurs, le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, le maire de la commune de Koumassi, le directeur de cabinet du District autonome d’Abidjan, le directeur des services techniques du District autonome d’Abidjan, le secrétaire général de la mairie de Koumassi, le député de Gouméré-Tabagne, un administrateur des services financiers ainsi que le responsable de la société de démolition ont été entendus.

Selon le procureur, ces auditions visent notamment à établir toute la chaîne de responsabilité et à situer les responsabilités de chacun dans cette affaire.

Pour l’heure, seul Alloui Brou Jacques a revendiqué l’acte de démolition. Il n’en demeure pas moins que les auditions menées dans le cadre de l’enquête, afin « d’entendre les parties susceptibles de contribuer à la manifestation de la vérité », ont également révélé que le ministre-gouverneur n’a pas manqué d’indiquer que, dans le cadre du plan ORSEC (Organisation de Secours en cas de catastrophe ), il avait instruit ses services à l’effet de procéder à « la démolition des constructions », avec pour objectif de « libérer les emprises et de démolir les installations irrégulières ».

Ainsi, selon Koné Braman, si l’enquête devait révéler l’implication de personnalités bénéficiant d’un privilège de juridiction, la procédure devrait, conformément à la Constitution, être déférée devant la Haute Cour de justice lorsqu’il s’agit d’un membre du gouvernement. Elle nécessiterait également, pour un député, la levée de son immunité parlementaire par le bureau de l’Assemblée nationale.

C’est notamment le cas évoqué concernant le député de Tabagne et Gouméré, dont une possible collusion dans cette affaire serait apparue en lien avec un administrateur des services financiers.

Pour le procureur de la République, il y a donc lieu de poursuivre les investigations afin d’évaluer le motif invoqué du plan ORSEC et d’en déterminer le champ d’application dans le cadre de cette opération de démolition.

Dans cette affaire, le maire de Koumassi reconnaît, selon le procureur, s’être appuyé « de bonne foi » sur les observations du secrétaire général de la mairie et regrette d’avoir publié une communication erronée sur les faits.

Quant aux collaborateurs du ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, les auditions indiquent qu’ils auraient agi sur les instructions de celui-ci, dans le cadre du plan ORSEC.

« Personne ne peut agir au nom de l’État sans en subir les conséquences »

Le président Alassane Ouattara déclarait, le 6 août dernier, lors de son adresse à la nation, à la veille de la célébration de la fête nationale : « Dans la Côte d’Ivoire que nous bâtissons, personne ne peut agir au nom de l’État sans en subir les conséquences. »

Cette déclaration prend une résonance particulière au regard de cette affaire, alors que l’enquête judiciaire se poursuit pour déterminer les responsabilités éventuelles de chacun.

Il devra certainement en être ainsi pour tous les sujets qui cristallisent actuellement l’actualité nationale, notamment l’orpaillage illégal ainsi que les questions liées à l’acquisition irrégulière de biens fonciers.

ML

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